L’opposition à la construction de centres de données prend de l’ampleur aux États-Unis

En à peine un an, le revirement de l'opinion a été radical. Aujourd'hui, 75 % des Américains se disent contre et 40 % des projets sont abandonnées.

Ils sont partout. Conséquence directe de la fièvre IA qui se repend à travers le monde, les centres de données poussent comme des champignons, non sans conséquence pour l’environnement et les factures d’électricité des habitants. Tour d’horizon des mouvements de contestations aux États-Unis, en France et au Canada. 

Près de 3 millions de centres de données dans le monde

On en comptait en 2025 près de 3 millions, dont 8 000 « grands » centres de données supérieurs à 500 m2 comprenant entre 1 000 et 1 million de serveurs par site, et 400 « hyperscale » de plus de 10 000 m2 (source Le feu numérique, 2025). Les centres de données sont partout.

Ils impactent non seulement la configuration spatiale des villes mais également jouent un rôle de plus en plus important dans la consommation énergétique. Ces infrastructures numériques seront d’après les projections l’un des plus importants postes de consommation électrique du XXIe siècle.

Et la demande en centres de données et autres infrastructures techniques ne devrait que croître. Selon l’Electric Power Research Institute, un organisme de recherche non partisan américain, les centres de données pourraient consommer au moins 9 % de l’électricité aux États-Unis d’ici 2030 (« Wired », 15.06).

Mais avec une consommation énergétique à-même de déstabiliser l’équilibre local, une faiblesse des emplois créés (souvent moins d’une dizaine par datacenters), l’artificialisation des sols, et la difficulté à se connecter aux réseaux de chauffage urbain… certaines communautés commencent à se plaindre de l’impact négatif de ces infrastructures géantes.

Aux États-Unis, la contestation prend de l'ampleur et s'organise contre la construction des centres de données

En Amérique, une mobilisation nationale fin juillet a donné lieu à 142 rassemblements dans 42 états (« Le Canard Enchainé », 26.08). Au point que même le gouverneur du Texas, Greg Abbott, après avoir transformé son État en terre d’accueil des centres de données avec plus de 1 800 en attente de raccordement, réclame aujourd’hui un audit préalable complet.

L’État de New York, à majorité démocrate, est devenu le premier à promulguer un moratoire, le 14 juillet, pour en limiter la prolifération en bloquant la construction des plus grands centres de données, consommant 50 mégawatts (MW) ou plus d’électricité.

D’autres États ou collectivités réfléchissent à des dispositifs similaires, souvent sous la pression populaire locale.

Selon les données récoltées par le collectif Data Center Watch, le premier trimestre 2026 a enregistré la plus forte concentration de projets de centres de données bloqués ou retardés en un seul trimestre, avec au moins 75 projets d’une valeur totale d’environ 130 milliards de dollars perturbés par l’opposition locale.
Le trimestre ayant notamment « reflété un changement structurel plutôt qu’une simple hausse cyclique : les communautés ont adopté des méthodes d’opposition systématiques, les sessions législatives ont introduit une incertitude réglementaire formelle, et le nombre de groupes d’opposition actifs a plus que doublé dans 49 États ».

Face à une opposition grandissante des citoyens qui s’alarment face à l’envolée du montants de leurs factures électriques, les géants de la tech sont même allé jusqu’à proposer de payer le surcôut lié à la consommation électrique.

Il faut dire que l’enjeu est de taille pour l’économie américaine. Selon l’économiste de Harvard Jason Furman, les investissements dans les centres de données et les technologies de traitement logiciel ont représenté presque la totalité de la croissance du PIB américain au premier semestre 2025. Et la situation devrait s’amplifier avec des investissements des hyperscalers toujours plus massifs en 2026.

C’est probablement la raison qui pousse l’actuelle administration Trump qui prévoit de laisser expirer en septembre, sans remplacement, une règlementation encadrant l’exploitation des centres de données fédéraux.

La France, terre d'accueil de centres de données gigantesques

En France, nous faisons plutôt face à une frénésie du côté du gouvernement et de quelques élus (Xavier Bertrand dans le Nord par exemple). L’objectif semble d’attirer le plus de centres de données possible, compte tenu de notre surplus d’électricité nucléaire. D’ici quatre ans, la France devra en compter pas moins de 500.

Bien décidé à faire de la France la terre d’accueil des data centers géants, le gouvernement français s’est félicité lors du sommet Choose France de projets d’investissements d’infrastructures massifs. Sans trop s’attarder sur l’impact écologique (souvent sous-estimé) ou économique (souvent sur-estimé) pour les régions concernées. 

Si quelques oppositions commencent à naître, de Fouju (Seine-et-Marne) à Rovaltian (Drôme) en passant par Rantigny (Oise), nous sommes encore loin de la prise de conscience qui semble s’opérer outre-atlantique. Jusqu’à quand ?

Construire des centres de données de façon responsable et durable

Au Canada, qui en juin 2026 comptait 194 centres de données et 213 en planification, l’opposition se renforce également, la population s’inquiétant des conséquences de ces installations sur la collectivité. 

Le gouvernement fédéral canadien a d’ailleurs indiqué dans un communiqué de presse que les centres de données sont essentiels à la souveraineté numérique du Canada, en spécifiant que les nouveaux projets doivent respecter des normes environnementales strictes, utiliser l’énergie et l’eau de manière responsable, apporter des avantages concrets aux communautés locales et veiller à ce que les contribuables n’aient pas à supporter des coûts déraisonnables liés à des projets privés. Il ne semble pas inutile de s’inspirer de nos cousins canadiens pour mieux encadrer ces projets pharaoniques et ainsi peut-être assurer une meilleure adhésion des population locales.

Un nouveau centre de données de Meta ainsi que le projet Greenlight, une centrale électrique fonctionnant au gaz naturel, devraient voir le jour à cet endroit, dans le comté de Sturgeon, au nord-est d'Edmonton. Photo : Radio-Canada / Nathan Gross/CBC

Un nouveau centre de données de Meta ainsi que le projet Greenlight, une centrale électrique fonctionnant au gaz naturel, devraient voir le jour à cet endroit, dans le comté de Sturgeon, au nord-est d'Edmonton.Photo : Radio-Canada / Nathan Gross/CBC

Souhaitons que l’élection présidentielle de 2027 soit l’occasion pour les candidats d’exprimer leur vision et leurs stratégies pour redonner sa souveraineté à la France, sans brader les bijoux des familles (notamment notre énergie nucléaire et notre environnement).

Par Clément Donzel

Un centre de données se construit proche de chez vous. Que faites-vous ? Dites le moi en commentaire.

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