
« Le mal est puissant, mais le bien est plus répandu ». À contre-courant de la morosité ambiante, un livre qui réconcilie avec l’humanité.
Ce livre expose une idée radicale. C’est une idée qui angoisse les puissants depuis des siècles. Une idée que les religions et les idéologies ont combattue. Une idée dont les médias parlent rarement et que l’histoire semble sans cesse réfuter. Pourtant, c’est une idée qui trouve ses fondements dans quasiment tous les domaines de la science. Une idée démontrée par l’évolution et confirmée par la vie quotidienne. Une idée si intimement liée à la nature humaine qu’on n’y fait souvent même plus attention. Si nous avions le courage de la prendre au sérieux, il nous sauterait aux yeux que cette idée peut déclencher une révolution. Elle peut mettre la société sens dessus dessous. L’idée en question ? La plupart des gens sont bons. Captivant et inspirant, formidable succès mondial, Humanité ouvre avec humour, sérieux et pédagogie de nouveaux horizons.
Rutger Bregman (né en 1988) est un historien néerlandais, auteur à succès et cofondateur de The School for Moral Ambition.
Il a connu sa percée internationale grâce à son best-seller Utopia for Realists (traduit en 36 langues), suivi de Humankind (46 langues) puis de Moral Ambition (32 langues, et le chiffre continue d’augmenter). Ses livres se sont vendus à environ 2,5 millions d’exemplaires dans le monde.
The Guardian l’a décrit comme « le jeune prodige néerlandais des idées nouvelles », et TED l’a désigné comme « l’un des penseurs européens les plus en vue de sa génération ». Sa conférence TED, « La pauvreté n’est pas un manque de caractère, c’est un manque d’argent », est devenue virale et a été sélectionnée par Chris Anderson, conservateur de TED, parmi les dix meilleures conférences de 2017.
Bregman a étudié l’histoire à l’université d’Utrecht et à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). Bien qu’il ait d’abord envisagé une carrière d’historien universitaire, il s’est tourné vers le journalisme. Il a débuté sa carrière au journal néerlandais De Volkskrant avant de rejoindre la plateforme de journalisme indépendant De Correspondent, où il a écrit pendant dix ans.
En 2024, Rutger a cofondé The School for Moral Ambition, une organisation à but non lucratif inspirée de son dernier livre. Cette initiative aide les gens à franchir le pas vers une carrière porteuse de sens et d’impact.
En décembre 2025, Bregman a prononcé les prestigieuses Reith Lectures de la BBC.
L’ouvrage de Rutger Bregman est un livre qui fait du bien. Durant les 655 pages, l’auteur démonte méthodiquement les croyances selon lesquelles l’être humain serait fondamentalement mauvais pour en dépeindre un individu raisonnable, sociable, bon et généreux.
Comment ? En revisitant notamment le duel Thomas Hobbes contre Jean-Jacques Rousseau. Pour Hobbes, l’homme serait à l’état de nature foncièrement violent, en guerre permanente et avide de pouvoir. Pour Rousseau, il serait plutôt bon, et si perversion il y a, elle est dû à l’impact des structures sociales et non à sa nature propre.
Des chasseurs-cueilleurs à l’avènement de la propriété privé, des débuts de l’agriculture aux premières guerres de territoire, en passant par l’influence des médias sur les foules, on y retrouve tous les ingrédients d’un bon récit historique.
Mais là ou le narratif de Rutger Bregman prend toute sa puissance, c’est lorsqu’il décortique avec un talent certain les études en sciences sociales les plus emblématiques, comme celle des électrochocs de Stanley Milgram qui voyait les cobayes administrer sans le moindre scrupule des charges électriques létales à des inconnus ; ou en reprenant le contexte de la seconde guerre mondiale pour montrer que l’immense majorité des soldats tirait en l’air, à côté, mais très rarement sur l’ennemie pour le tuer. Et les millions de morts alors ? Pour l’immense majorité, ils ont été tués par quelqu’un qui appuyait sur un bouton, balançait une bombe ou avait caché une mine quelque part. Ce n’est pas sans nous rappeler les conflits modernes qui se règlent à distance à coup de drones kamikazes. L’auteur revient sur l’étonnant modèle des prisons Norvégiennes qui réinvente la manière dont nous pouvons surveiller et punir pour réduire les taux de récidives.
Il y a de nombreux motifs d’espoir. Bregman nous en distille tout au long de son essai, en concluant avec 10 préceptes qui ne visent pas moins que donner une autre vision de l’humanité.
Si vous recherchez une lecture qui secoue les idées reçues et redonne du baume au cœur, foncez chez votre libraire pour acheter Humanité, une histoire optimiste de Rutger Bregman.
Hitler et Churchill, Roosevelt et Lindermann – les uns comme les autre partageaient la vision du psychologue Gustave Le Bon qui prétendait que la civilisation humaine ne constituait qu’une couche superficielle. L’emploi de la force aérienne, ils en étaient persuadés, ferait voler en éclats cette fine couche. Mais plus les bombes pleuvaient, plus la couche s’épaississait. Ce n’était pas une membrane mais une peau calleuse, endurcie. (p.23)
Une étude récente du psychologue Bryan Gibson montre que regarder des émissions du type Sa Majesté des Mouches peut rendre les gens plus agressifs. Le lien entre l’exposition des enfants à des images violentes et la manifestation ultérieure de comportements agressifs est plus solide que celui entre amiante et cancer, ou entre ingestion de calcium et masse osseuse. L’effet des récits cyniques sur notre vision du monde est encore plus clair. Des chercheurs britanniques out découvert que les jeunes filles qui regardaient davantage d’émissions de téléréalité étaientt plus susceptibles de penser qu’il fallait mentir et être méchant pour avancer dans la vie. (p.81)
Imaginez que l’histoire de la vie sur Terre ne couvre qu’une année civile, au lieu de 4 000 millions d’années. Les bactéries auraient alors régné sans partage sur la planète jusqu’à la mi-octobre. Ce n’est qu’en novembre qu’aurait surgi la vie sous la forme que nous connaissons, avec des pattes, des os, des branches et des feuilles.
Et l’être humain dans tout ça ? Lui n’aurait fait son entrée en scène que le 31 décembre, aux alentours de 23 heures. Nous aurions encore passé une petite heure à jouer les chasseurs-cueilleurs, avant d’inventer l’agriculture au dernier moment, vers 23h58. Dans les soixante dernières secondes avant minuit se serait déroulé tout ce que nous appelons « l’Histoire », avec ses pyramides et ses châteaux, ses chevaliers et ses dames, ses machines à vapeur et ses avions. (p.96)
Je ne connais aucun graphique qui résume mieux le gros point fort de l’être humain. Dans presque toutes les capacités cognitives, les chimpanzés et les orangs-outans réunissent aussi bien que des enfants de deux ans et demi. Mais lorsqu’il s’agit d’apprendre par l’observation d’autrui, les bambins sont champions hors catégorie. La plupart obtiennent un score de 100 %, alors que la plupart des singes plafonnent à 0 %. Les êtres humains sont des machines à apprendre hypersociables. Nous sommes nés pour apprendre, pour nouer des liens et pour jouer. Est-il dès lors si étonnant que le rougissement soit la seule expression faciale propre à notre espèce ? (p.126)
Au cours de ces dernières années, les experts, l’un après l’autre, ont confirmé les conclusions du colonel Marshall. Ainsi, le sociologue Randall Collins a étudié en détail des centaines de photographies de soldats dans des situations critiques. Il en ressort que seuls 13 à 18 % des soldats font usage de leur arme à feu, un pourcentage assez proche des estimations de Marshall. » Si l’on en croit les preuves les plus rependues, l’image hobbesienne de l’être humain est empiriquement fausse, écrit Collins. Les êtres humains sont programmés pour interagir et pour se montrer solidaires ; et c’est ce qui rend la violence si difficile. (p.150)
Voilà ce qu’on appelle l' »effet du témoin » (aussi appelé « effet spectateur » ou « effet Kitty Genovese »). Darleu et Latané firent ainsi l’une des découvertes les plus importantes de la psychologie sociale. Dans les vingt années qui suivirent cette expérience, on recensa plus de mille articles et ouvrages sur le comportement des spectateurs dans les situations d’urgence. Même l’apathie des trente-huit témoins de Kew Gardens s’expliquait désormais. Conclusion : Kitty n’était pas décédé malgré le fait que tout le voisinage ait été réveillé par ses cris, mais justement à cause de cela. (p.311)
Stanley Milgram en avait démontré la validité avec sa machine à éléctrochocs. Les médias la claironnaient à la ronde après la mort de Kitty Genovese. William Golding et Philip Zimbardo étaient devenus grâce à elle mondialement célèbres. En chaque être humain, le mal serait jamais bien loin, exactement ce qui avait déjà été allégué par Thomas Hobbes.
Mais à présent que les archives de ces expériences et de ce meurtre ont été rendues publiques, une tout autre image se dessine – une image soumise à un revirement complet. Les gardiens de prison de Zimbardo ? Ils jouaient la comédie. Les participants actionnant la machine à électrochocs de Milgram ? Ils et elles étaient pétris de bonnes intentions. Quant à Kitty, elle avait rendu l’âme dans les bras de sa voisine.
La plupart des gens cherchaient justement à s’entraider. S’il y avait bien un groupe qui laissait à désirer, en revanche, c’était celui des puissants. Les scientifiques et les rédacteurs en chef, les gouverneurs et les commissaires de police. C’étaient ces Léviathans qui mentaient et manipulaient. Loin de protéger leurs cobayes contre leur nature soi-disant mauvaise, ils les montaient les uns contre les autres. (p.330)
Dans la pratique, l’empathie est une émotion désespérément limitée, d’après le professeur Bloom. Nous ressentons de l’empathie principalement pour les personnes proches de nous, celles qui nous pouvons sentir, voir, entendre et toucher.
Une chose est certaine : si on désire un monde meilleur, une pincée d’empathie ne suffit pas. Pis encore, l’empathie peut empêcher le pardon, car les gens qui se metent plus facilement dans la peau des victimes sont aussi plus prompts à formuler des généralisations sur leurs ennemis. Le mécanisme est toujours le même : nous braquons un projecteur éblouissant sur nos proches et devenons aveugles aux perspectives de nos ennemis, qui se trouvent hors de notre champ de vision.
Comment se fait-il alors que les guerres aient fait des centaines de millions de morts au cours des dix mille dernières années ? Comment sont morts tous ces gens ? Pour répondre à cela, nous devons soumettre les victimes à une autopsie. Penchons-nous par exemple sur les causes de décès des soldats britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale :
Repérez-vous ce qui caractérise ces différentes causes de décès ? Si les victimes avaient un point commun, c’était d’avoir été éliminées à distance. L’immense majorité des soldats a été tuée par quelqu’un qui appuyait sur un bouton, balançait une bombe ou avait caché une mine quelque part.
La plupart du temps, résumer le développement de la technologie militaire comme un processus par lequel les ennemis en viennent à se tenir de plus en plus éloignés les un des autres. On est passé des gourdins et des couteaux aux arcs et aux flèches, des mousquets et des canons aux bombes et aux grenades. (p.365)
« Le contraire du jeu n’est pas le travail, écrivit un jour le psychologue Brian Sutton-Smith. Le contraire du jeu, c’est la dépression. » Et la façon dont travaillent beaucoup d’entre nous – sans liberté, sans jeu, sans motivation intrinsèque – rend de plus en plus de gens dépressifs.
D’après l’Organisation mondiale de la santé, la dépression est désormais devenue l’épidémie numéro un au niveau mondial. Notre plus grand déficit ne se trouve pas dans le budget de l’État, mais en nous. C’est un déficit de sens. Un déficit de jeu. (p.487)
Illustration by Rose Wong
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