J’ai passé 4 jours dans la ferme agro-écologique de Pierre Rabhi, aux Amanins !

Le bâtiment principal du centre agro-écologique des Amanins

C’est en lisant le livre « La sobriété heureuse » de Pierre Rabhi que je découvre ce projet un peu fou de Centre Agro-Ecologique des Amanins. Situé en plein cœur de la Drôme, ce centre se donne comme vocation de rapprocher l’Homme de la Nature. Projet ambitieux.

Plutôt réceptif à certaines idées développées par Pierre Rabhi, je suis intrigué et convaincs ma famille et un couple d’amis de tenter l’aventure. Nous nous mettons en route pour un séjour à la ferme de 5 jours et 4 nuits cet été 2022.

Le domaine, bien qu’isolé est relativement accessible par l’autoroute. Il est immense, composé de 55ha de bois, pâturages, terres agricoles et de bâti.

Le déchargement de la voiture se fait avec les charrettes mises à disposition par les Amanins
Une charrette est à disposition pour transporter les valises !

Rapprocher l’Homme de la Nature

C’est sans aucun doute la motivation principale qui m’a fait tenter l’aventure. Au delà de l’actualité pour le moins anxiogène (guerre en Ukraine, inflation, crise énergétique et écologique), j’avais besoin d’expérimenter quelques solutions concrètes pour me rapprocher de la nature. De nombreuses activités sont proposées pour permettre se rapprochement. Quel plaisir et quel dépaysement d’avoir pu passer du temps avec un maraicher pour une session de ramassage de pommes, mûres, figues, et une visite des parcelles. L’atelier « Terre à bâtir » propose de revisiter les différentes techniques de construction et les matériaux utilisés, le plus souvent via la matière brute disponible localement (paille, terre, roche, etc…). Les enfants (et les adultes) peuvent participer aux soins des nombreux animaux de la ferme ou encore apprendre à fabriquer du pain, du fromage et arpenter les sentiers à la recherche de traces d’animaux et de végétaux. Chaque activité apporte son lot de nouvelles connaissances et d’échanges.

L’équipe encadrante et la gouvernance

Il parait évident dès le début de l’aventure que pour travailler aux Amanins, il faut adhérer au projet collectif. Le statut de SCOP n’y est probablement pas pour rien et permet à chacun de se sentir responsable et investi dans le projet.

Certains salariés sont associés de la SCOP. Il n’y a pas de direction à proprement parlé mais 7 associés qui sont décisionnaires. Ils se répartissent les différentes tâches. Au bout d’un an, un salarié peut faire une demande pour devenir associé. Une gérante assure la responsabilité légale de la structure et gère les ressources humaines. Cependant, je comprends en discutant avec certains associés que ce système très horizontal peut montrer certaines limites notamment lorsque des décisions difficiles, comme licencier une personne, doivent être prises.

Tous les salariés ont un taux horaire unique de 12,48€ brut. La majorité des salariés est à temps partiel, à hauteur de 80%. Un réel avantage pour des métiers traditionnellement habitués à ne jamais prendre de congés.

Les logements (et les sanitaires)

Nous décidons de dormir dans les lodges, similaires aux cabanes en bois, légèrement plus grandes et bénéficiant d’un lit double et de deux lits simples, et surtout d’électricité. La literie est confortable et le logement est propre. Le mobilier est réduit au strict minimum (tables de chevets, petite penderie en bois et les lits). Chaque lodge bénéfice d’un petit balcon: Idéal pour regarder les (très nombreuses) étoiles à la nuit tombée, un verre de vin à la main. Les sanitaires sont collectifs et les toilettes…. sèches. Une expérience en soit. D’autres hébergements en dur sont disponibles, plus proches de l’accueil. L’éloignement des sanitaires (à 300m des lodges) pendant les deux jours de pluies a compliqué la logistique avec les enfants (brossage des dents, nettoyage du biberon…). A garder en tête pour les familles avec enfants en bas âge.

Alimentation, énergie, construction, économie : à la recherche de l’autonomie !

Le projet des Amanins s’est fixé comme objectif de développer son autonomie, dans 4 secteurs clés:

1. L’autonomie alimentaire

Deux maraichers produisent sur 1,2Ha (dont 400m2 sous serre) 80% de ce qui est consommé au domaine, avec notamment la production de courges, pommes de terre, poireaux, carotte. Certains aliments et condiments ne sont pas produits sur place : beurre, sel, café, épices, certains jus comme le jus de pomme, le vin, la bière. Mais toujours avec un objectif de favoriser les producteurs locaux. (bon c’est sûr que pour les grains de café, c’est plus compliqué…)

En hiver, la production se porte sur des légumes feuilles comme les blettes, épinards, salades, chicorée, carottes, betteraves et navets.

En été, les maraichers favorisent la production de tomates, aubergines, courgettes, concombres, melons. L’arrosage se fait au pied ou par aspersion.

La vente en externe pourrait constituer un débouché commercial intéressant mais pas de volonté à date pour vendre sur les marchés ou développer la vente par internet. Une petite boutique sur place propose certains produits fabriqués aux Amanins et est accessible les mercredis et samedis.

Le domaine sert plus de 80 000 couverts à l’année! Sacrée performance que de pouvoir assurer au travers d’une production locale un tel nombre de repas!

Qui dit ferme dit forcement animaux. Deux éleveurs s’occupent des nombreux animaux présents :

  • Des brebis (x40) permettent la fabrication du fromage. Certains agneaux resteront dans la bergerie alors que d’autres finiront dans les assiettes.
  • Les cochons (x4) se régalent du petit-lait mélangé au son de blé et se nourrissent de la quasi totalité des déchets alimentaires. Ils fourniront la charcuterie et la viande l’année suivante (pesant quelques kilos à leur arrivée, les porcelets devenus adultes quitteront les Amanins en fin d’année, affichant plus de 100kg chacun sur la balance).
  • Des poules (x40) se nourrissent avec les déchets de la salle de restauration et sont présentes exclusivement pour leurs œufs.
  • Les chèvres ont quitté le domaine car faisaient trop de dégâts sur les arbres.
  • Pour soigner tout se petit monde l’homéopathie lorsque c’est possible est préférée aux antibiotiques.
Les enfants observent les agneaux dans la bergerie du centre agro-écologique des Amanins

2. L’autonomie de construction:

Dans la même logique que pour l’autonomie alimentaire, la volonté est de travailler avec la matière présente localement en favorisant l’artisanat local. On retrouve dans les matériaux de construction de l’ossature bois, un enduit en argile, de l’isolation via de la paille compressé ou encore des briques en terre crue.

3. L’autonomie énergétique:

Les Amanins avaient réussi provisionnement à atteindre une autonomie énergétique de 100%, grâce à l’utilisation combinée de panneaux solaires photovoltaïques (pour l’électricité), thermiques (pour l’eau chaude) et d’une éolienne. Malheureusement, suite à la perte d’une pale d’éolienne et du dépôt de bilan de l’entreprise ayant réalisée l’installation (montant 80K euros tout de même), cette autonomie est retombée à 50%, le projet d’éolienne ayant été abandonné. Un contrat a été passé avec Enercoop qui assure la revente du surplus produit (en journée) et l’achat (la nuit). Le chauffage électrique se diffuse via le sol ou via les murs dans la salle de conférence. Une chaudière à bois palette vient compléter le dispositif. La facture d’électricité d’un montant de 3,5k€ par an pour couvrir l’ensemble des besoins du domaine laisse rêveur.

4. L’autonomie économique

Le domaine des Amanins est composé de trois structures:

  • une Société Civile Immobilière (pour le bati).
  • une Association qui gère l’école et la classe découverte. Elle détient des parts de la SCI.
  • une Société Coopérative de Production, ou SCOP qui s’occupe de gérer la ferme et l’accueil. Elle comprend une 15e de salariés : 4 cuisiniers dont 2 boulangers, 3 administrateurs, 2 maraichers et 2 éleveurs (+ de 2 à 4 WWOOFERS). Elle paie son loyer à la SCI.

20 ans après la mise en place du projet de Pierre Rabhi et l’investissement initial de Michel Valentin (d’un montant de plusieurs millions d’euros), et malgré les nombreux atouts du domaine et la qualité du projet, l’équilibre financier semble aujourd’hui fragile. La crise de la Covid-19 n’ayant pas aidée. Je n’ai pas le détail des chiffres mais de ma compréhension, la majorité du revenu provient des locations touristiques.

Un repas coûte en moyenne 17€ par personne aux Amanins. Une production locale et respectueuse de l’environnement à un prix certain. Mais que les repas sont bons !

Un point sur la gestion des déchets. L’objectif affiché est de produire moins et valoriser les déchets le mieux possible. Il faut penser circulaire. A titre d’exemple, les cochons fonctionnent comme des « recycleurs ». Ils consomment le petit-lait (partie résiduelle produite lors de la fabrication du fromage) + le son de blé (l’enveloppe du blé) qu’ils adorent, en plus des épluchures. Les cochons sont ensuite eux-mêmes consommés la saison d’après. 

Au niveau des sanitaires, les eaux usées et les urines vont suivre un parcours dans 3 bassin de phytoépuration. Le 3e bassin étant de qualité baignade. Les matières fécales issues des toilettes sèches seront disposés sur les parterres de fleurs après digestion par les lombrics.

Premier bassin de phytoépuration

La communauté de participants

L’une de nos interrogations au départ portait sur le profil des autres participants. Avec qui allions-nous séjourner? Nous étions une 40e, principalement des familles avec des jeunes enfants, venant des 4 coins de la France (et quelques familles provenant de pays européens), avec une surreprésentation de résidents d’Ile-de-France. Au final, des participants ouverts, cherchant un dépaysement pour certains, du bon temps en famille loin de la frénésie de la ville pour d’autres, un contact privilégié avec la nature, les animaux de la ferme, tout simplement. Certains portant même des projets d’éco-tourismes et souhaitant valider certaines hypothèses.

Les nombreuses activités proposées par le centre permettent de tisser des liens assez rapidement avec les autres participants. La collaboration est encouragée via des jeux et activités communes. Mais rien est obligatoire pour qui voudrait privilégier des temps de repos.

Et maintenant, on fait quoi?

Plein d’inspiration et revigorés par ce séjour, nous avons déjà entrepris quelques changements notables au sein de la famille. Passage aux heures creuses EDF (il n’est jamais trop tard…), arrêt de la consommation d’eau en bouteilles plastiques, baisse de la température du chauffe-eau, davantage d’achats au marché et en direct des producteurs (produits de proximité et de saison), utilisation plus fréquente des modes écos proposés par nos appareils électroménagers. Pour le reste, la vie en ville ne me semble pas vraiment compatible aujourd’hui avec l’expérience que nous avons vécu à la ferme (où sont mes poules pour manger mes épluchures?). Nos quelques changements d’habitude vont-t-ils changer le monde? Certainement pas, mais pour en revenir à Pierre Rabhi et la légende du Colibri qui lui était si chère, « je sais (que ne pourrai rien faire tout seul), mais je fais ma part ». Et rien que cela, ça fait du bien. Pour le reste, nous verrons ce que l’avenir nous réserve.

Pour conclure, je tiens à remercier ma famille et mes amis pour avoir accepté de partir à l’aventure sans réellement savoir à quoi nous attendre.

Nous y retournerons peut être avec nos enfants un peu plus grands et si de nouvelles activités sont proposées, mais j’espère en tous les cas que mon expérience vous aura donnée envie de tenter l’aventure. Allez-y, vous ne le regretterez pas et n’hésitez pas à me contacter ou me poser vos questions. J’y répondrai avec grand plaisir.

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