Pardonnez l’interruption !

Mettez dans une même pièce un ex-ingénieur de chez Google (Tristan Harris), un designer d’interface (Aza Raskin) et une experte en informatique sociale (Gloria Mark) et vous obtenez l’un des podcasts techno les plus passionnants de cette année !

Your Undivided Attention est un podcast produit par The Center for Humane Technology, une ONG américaine co-fondée par Aza Raskin et Tristan Harris, dont l’objectif est de sensibiliser au danger inhérent à la technologie numérique et à l’économie de l’attention.

Le préambule de la conversation? Emails, réseaux sociaux, notifications et autres distractions digitales érodent notre capacité de concentration lors de tâches individuelles.

Une érosion de notre capacité de concentration

Quelques statistiques sur l’attention au travail. Accrochez-vous, ce n’est pas brillant:

  • En 2004, les salariés qui utilisaient un écran pour leur travail arrivaient à conserver en moyenne 3 min d’attention ininterrompue
  • In 2016, l’attention portée par les utilisateurs d’écran était de 40 secondes avant que l’attention ne se rompt
  • 40% du temps de travail est réalisé en multi-tâches
  • On compte 1h12 (seulement) de travail ininterrompu par jour
  • 70% des emails reçus sont ouverts et consultés dans les 6 secondes
  • Après avoir consulté un email, il vous faudra en moyenne 64 secondes pour reprendre le cours de votre activité (source Rescew Time)
  • Les salariés regardent en moyenne leurs emails 74 fois dans la journée et chaque fois qu’ils les regardent, ils y passent 32 secondes

Fait notable, la moitié des interruptions sont d’origine interne, c’est à dire que la personne interrompt son activité d’elle-même de manière involontaire. Par exemple, travailler sur un document Word et s’arrêter spontanément pour consulter Internet ou son téléphone, sans lien avec le projet en cours.

Les interruptions externes proviennent le plus souvent des notifications de téléphone et d’ordinateur liées à l’arrivée de nouveaux emails, de messageries instantanées, et des réseaux sociaux…

Temps et attention, nos biens les plus précieux

Les enjeux pour les réseaux sociaux et les plateformes numériques vivant de la publicité sont relativement simples: ils doivent développer une connaissance toujours plus fine des utilisateurs afin de monétiser ces données. Principalement en analysant le type et la fréquence de ces interactions numériques (et en les combinant de plus en plus avec les interactions physiques). Ces données pouvant ensuite être revendues à des tiers via leur plateforme sous forme de publicité ciblée. Le but pour ces acteurs du numérique est donc de vous garder captif le plus longtemps possible et vous faire revenir régulièrement afin d’affiner votre profil. Attirer et garder votre attention en quelque sorte.

A titre d’exemple, savez-vous qu’un 100e de vos likes Facebook suffit à faire ressortir vos 5 plus grands traits de personnalité à des degrés divers? Avec 230 likes, un algorithme est capable de mieux vous connaitre que votre conjoint. Pensez à Cambridge Analytica, entreprise tristement célèbre et proclamant posséder sur certaines cibles d’individus plus de 5 000 données uniques (i.e. data points) comme l’âge, les habitudes de consommation, les sensibilités… De quoi largement influencer vos comportements et vos prises de décisions.

Charge cognitive: remettre l’individu au centre de la technologie

D’après Gloria Mark, la situation n’est plus tenable, dans un contexte ou le stresse est continu, augmente de manière incrémentale et la charge mentale (ou charge cognitive) arrive à sa limite.

Des tentatives basées sur des logiciels de collaborations en entreprise, mixant des systèmes de messageries instantanés et de gestion de projets ont vu le jour il y a quelques années. L’objectif étant de s’attaquer à la volumétrie d’emails échangés entre collaborateurs dans les organisations. Cependant, encore aujourd’hui, une baisse relative du nombre d’emails envoyés est confrontrée à une augmentation sensible du nombre de notifications, et donc de stress potentiels.

L’enjeu est aujourd’hui de travailler en partenariat avec les entreprises technologiques afin de rompre avec ces habitudes et dépendances. Il semble urgent de remettre l’humain au cœur de la technologie à travers des interfaces centrées et pensées pour servir les besoins de l’utilisateur.

Pour Facebook ou Twitter, il pourrait s’agir de revoir leurs déclarations d’intention et leurs mission statements, à savoir par exemple développer des relations plus profondes pour leurs utilisateurs, de meilleures connexions, encourager l’entraide, promouvoir un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle, favoriser l’apprentissage tout au long de la vie… La technologie à la capacité de promouvoir ce type de comportements.

Mais les entreprises technologiques ne peuvent résoudre tous les problèmes à elles-seules. Aux parents et éducateurs de sensibiliser les plus jeunes aux dangers liés à la dépendance à certaines technologies et à l’érosion de notre capacité de concentration. En limitant notamment les usages dès le plus jeune âge (périodes les plus sensibles), en leur permettant de développer d’autres habitudes et une certaine résistance à la dépendance numérique.

Pour les plus dépendants, de petites astuces permettent de limiter les interruptions et reprendre la main pour conserver un minimum d’attention:

  • Mettez vos applications en plein écran pour minimiser les distractions et notifications
  • Installez QUITTER ou autre application de gestion des notifications
  • Cacher vos notifications emails – Radicale, mais n’oubliez pas de les consulter de temps à autre…
  • Lisez mes 7 astuces digital detox pour lâcher votre téléphone portable

Et tout n’est pas perdu! Des études montrent qu’une marche de 20 minutes en extérieur peut de manière significative avoir des effets positifs sur la concentration… et l’humeur !

Comment ça, vous êtes encore là? Allez, ouste, on enfile ses baskets et on va faire un tour dehors, sans sortir son téléphone de sa poche !

Et n’oubliez jamais, « le temps est la chose la plus précieuse. Bien qu’immatériel, il faut le préserver, ne pas le gaspiller ou distribuer à autrui » (Sénèque).

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