Tesla, MG, BYD : Les voitures connectées, cauchemar pour la vie privée, rêve pour les hackers

Dans un marché du véhicule connecté en pleine expansion, les marques chinoises sortent leur épingle du jeu et affichent des taux de croissance jusqu’à 3 chiffres dans l’hexagone. Si les clients se réjouissent des tarifs compétitifs et des fonctionnalités offertes, les associations et les autorités s’inquiètent sur le risque que font peser ces smartphones sur roues sur la vie privé et le cyberespionnage. 

Le marché des voitures connectées en pleine expension en France et en Europe

Si le marché des voitures connectées était encore anecdotique en France il y a deux ans, ce n’est plus le cas nous apprend le Canard Enchainé (26 août). Au cours du premier semestre 2026, les onze marques chinoises présentes sur le territoire ont vendu un peu plus de 40 000 véhicules hybrides et électriques (MG avec 16 K voitures en croissance de 25 %; BYD avec 13,5 K + 140 %) et représente maintenant 4,8 % des ventes, dans un marché domestique pourtant atone (+1,8 %).

La réussite des constructeurs chinois est principalement due à trois facteurs : un prix comparativement plus bas que ceux fixés par les constructeurs européens (le fameux dumping économique chinois pour prendre des parts de marché), de très nombreux équipements connectés et des systèmes électroniques d’aide à la conduite plus sophistiqués.

Les groupes chinois profitent également de la baisse des ventes des constructeurs européens pour racheter des concessions et nouer des partenariats (voir l’accord industriel entre Stellantis et Dongfeng). 

Côté constructeur US, après des fortes baisses des ventes en France et en Europe suite notamment aux frasques de son pdg Elon Musk, l’américain Tesla renoue avec la croissance en livrant un peu plus de 28 000 véhicules sur la même période (+ 140 %). 

Les voitures connectées, un cauchemar pour la vie privée ...

Bardées de multiples capteurs, les véhicules connectés sont souvent assimilés à des smarphones sur roues.  Et comme tout bon smartphone, les données peuvent être collectées pour être analysées à des fins d’aide à la conduite, ou d’espionnage.

L’agence Reuters révélait en avril 2023 que des employés de Tesla se partageaient des vidéos intimes de clients, filmées par des caméras se trouvant dans le véhicule.

Nous pouvions les voir faire leur lessive et d'autres activités intimes. Nous pouvions voir leurs enfants.

En 2023, la fondation Mozilla mettait les pieds dans le plat avec son rapport intitulé « C’est officiel : les voitures sont la pire catégorie de produits que nous ayons jamais évaluée en matière de respect de la vie privée ». Après avoir passé en revue 25 grandes marques, chaque constructeur a reçu l’avertissement « Privacy Not Included » de Mozilla. Le rapport révèle que les véhicules collectent systématiquement des données personnelles excessives — y compris la localisation, le comportement de conduite, des données biométriques, de santé et même des informations sensibles — bien au-delà de ce qui est nécessaire pour faire fonctionner le véhicule. De nombreux constructeurs partagent ou vendent ces données à des tiers, tout en offrant aux conducteurs peu de transparence ou de contrôle effectif. Mozilla a également constaté un manque de preuves solides concernant des pratiques de sécurité robustes. 

... et un rêve pour les hackers

Et comme tout objet intelligent, la voiture connectée peut faire l’objet de cyber attaques. La Tesla model 3 par exemple a subi les foudres des experts français en sécurité offensive de Synacktiv qui par trois fois ont réussi – dans le cadre de compétitions de hack – à pirater le constructeur américain. Il est également possible d’arrêter ou de changer la trajectoire d’une voiture roulant par exemple sur l’autoroute en envoyant des messages au calculateur, transmettre de fausses alertes de sécurité au conducteur, ou extraire des données sensibles (GPS, conversation, vidéos…).

Le risque de fuite est également présent. Il y a trois ans, un lanceur d’alerte exfiltrait 100 Go de données internes qui indiquaient comment Tesla avait dissimulé des milliers d’incidents de clients suite à des dysfonctionnements des systèmes d’aides à la conduire. 

Les risques cyber concernent naturellement tous les constructeurs de voitures connectées.

Le département fédéral de la Défense suisse limite l'accès des voitures connectées aux infrastructures sensibles

Fin juin, nous apprenions que le département de la Défense suisse venait d’étendre ses mesures de protection contre l’espionnage aux véhicules connectés chinois, désormais soumis à des restrictions à proximité des zones dites « sensibles ». 

En conférence de presse le 25 juin dernier, le directeur des renseignement helvétique avait eu des mots d’une rare clarté :

Ces voitures sont des smartphones sur roues. Les autorités de ce pays travaillent avec les constructeurs. Et les services secrets peuvent accéder aux données enregistrées par les voitures, par exemple des conversations.

Selon le directeur, la Chine limiterait l’accès des véhicules connectés aux infrastructures critiques. « Ce n’est pas un hasard », fait-il observer au micro de la RTS (29 juillet).

Voitures électriques chinoises : le ministère de l’Intérieur allemand met en garde contre l’espionnage

Pour Stephan Kramer, président de l’Office de Thuringe pour la protection de la Constitution en Allemagne, « la menace d’espionnage que représentent les voitures électriques chinoises est bien réelle ». Il ne s’agit pas d’agents infiltrés, mais de flux continus de données : déplacements, géolocalisation, échanges téléphoniques, images, sons, habitudes de conduite. Dans les forces armées, la police, les infrastructures critiques ou les ministères, le risque est jugé « élevé ».

L’avertissement dépasse toutefois la seule Chine. « Les voitures électriques modernes sont de véritables ordinateurs roulants », rappelle Stephan Kramer, et c’est valable pour les autres fabricants.

La DRSD alerte les soldats français sur les risques d’espionnage liés aux véhicules Tesla et BYD

Du côté français, la prise de conscience semble enfin arriver. La Direction du Renseignement et de la Sécurité de la Défense, (DRSD) qui est chargé d’assuré la protection des forces armées françaises, de défendre les installations dites sensibles et de sanctuariser les informations « secret-défense » a mis en garde cet été les bases militaires françaises à propos des risques d’espionnage encourus en cas d’entrée de véhicules tels ceux des constructeurs chinois BYD ou de l’américain Tesla dans leurs enceintes.

Renforcer la réglementation sur la vie privée et la transparence des constructeurs automobiles

Dans son rapport, la fondation Mozilla appelait déjà à un renforcement de la réglementation sur la vie privée, à une plus grande transparence, à une minimisation des données collectées et à une amélioration des droits des consommateurs sur les données générées par les véhicules.

Souhaitons que l’Union Européenne intervienne rapidement pour éviter que le marché domestique ne devienne l’eldorado des constructeurs américains et chinois, dont les pratiques en terme de non respect de la vie privée et d’espionnage ne sont plus à prouver. 

Par Clément Donzel

Vous avez une voiture connectée ? Qu'en pensez-vous ?

Leave A Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

quatre × 4 =

RESTONS EN CONTACT

Restons en contact newsletter

Illustration by Rose Wong

Prêts à regarder la Tech sous un autre angle ?

Une fois par mois, on décrypte l’actu Tech & Cyber.

Saisissez votre email