Propagande de David Colon, la manipulation de masse dans le monde contemporain

David Colon - Couverture de l'ouvrage Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain

Titre : Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain
Auteur :  David Colon
Éditeur : Champs Histoire
Pages : 448
Année : 2019
ISBN : 978-2-0815-2021-9

 

"Fake news", " infox ", " post-vérité" : le monde contemporain ne cesse d'être confronté aux enjeux de l'information de masse. On croyait la propagande disparue avec les régimes totalitaires du XXe siècle mais, à l'ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, elle est plus présente et plus efficace que jamais. Chaque jour apporte ainsi son lot de désinformation, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Loin de se limiter à la sphère politique et à la "fabrique du consentement", la propagande imprègne aujourd'hui tous les aspects de notre vie en société, les spécialistes du marketing, du storytelling ou les théoriciens du nudge s'efforçant d'influencer nos choix et comportements. Embrassant plus d'un siècle d'histoire et couvrant un vaste espace géographique, David Colon explique les fondements et les techniques de la persuasion de masse dans le monde contemporain. Il montre que la propagande n'a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences ont permis d'améliorer l'efficacité des techniques de persuasion, d'influence ou de manipulation. À travers une synthèse accessible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd'hui.

A propos de l’auteur :

David Colon est professeur agrégé d’histoire et chercheur permanent à Sciences Po, où il enseigne notamment l’histoire de la propagande, les techniques de persuasion et l’éthique de la communication.

Table des matières :

INTRODUCTION
Quelques idées reçues sur la propagande

PREMIÈRE PARTIE : La fabrique du consentement

  • Chapitre I : La fabrique de l’opinion : les pionniers de la communication de masse
  • Chapitre II : La « filière inversée », ou comment vendre la société de consommation
  • Chapitre III : La « fabrique du conformisme »
  • Chapitre IV : Le « modèle de propagande » en démocratie

DEUXIÈME PARTIE : Le « viol des foules »

  • Chapitre V : L’âge d’or de la propagande politique
  • Chapitre VI: La persuasion par la publicité et le marketing
  • Chapitre VII: La gouvernance des conduites
  • Chapitre VIII: La parole manipulatoire
  • Chapitre IX: Le storytelling ou l’avènement de l’âge narratif

TROISIÈME PARTIE : Le triomphe de l’image

  • Chapitre X: Les « crayons de la propagande »
  • Chapitre XI: Le pouvoir de la photographie
  • Chapitre XII: Le cinéma, une propande par les rêves
  • Chapitre XIII: La mésinformation télévisée
  • Chapitre XIV: La persuasion par la télévision
  • Chapitre XV: L’image de guerre, la guerre de l’image

QUATRIÈME PARTIE: La propagande à l’ère de la « post-vérité »

  • Chapitre XVI: La « démocratie des crédules »
  • Chapitre XVII: Les riches heures de la désinformation
  • Chapitre XVIII: Rumeur, complot et propagande
  • Chapitre XIX: La propagande politique sur Internet
  • Chapitre XX: Les techniques de l’industrie du mensonge
  • Chapitre XXI: La militarisation de l’information

CONCLUSION
L’âge de la propagande totale

POSTFACE
La fabrique du dissentiment

Notes
Bibliographie
Index des noms de personnes et des notions

 

Avis et critique sur l'ouvrage "Propagande, la manipulation de masse dans le monde contemporain" de David Coulon :

David Coulon dans son ouvrage retrace de manière précise et documentée l’histoire de la propagande à travers de très nombreux exemples illustratifs. On y fait la connaissance d’hommes (pour la plus part), de chercheurs, de théoriciens comme l’illustre Bernays, ou encore Lippman, Lasswell ou Ellul ayant fortement contribué au développement ou à l’étude de ces techniques d’influence et de persuasion.

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Dans un monde ou la démocratie est une chose trop sérieuse pour être laissée à la masse des citoyens, nous comprenons comme les élites au pouvoir, les décideurs économiques, les experts en relation publique, influencent la masse, fabriquent du consentement, modifient notre perception du réel, utilisent les supports (Cinéma, Télé, sondages,…) pour promouvoir un narratif qui exclu toute réflexion et annihile notre esprit critique.

Un ouvrage qui met une nouvelle fois en lumière le rôle essentiel des gatekeepers, et en premier lieu les médias et journalistes, qui ne peuvent plus jouer leur rôle de contrepouvoir et de filtre, pourtant si nécessaire à la pratique de la démocratie. Ce constat est partagé par Gérald Bronner, dans son ouvrage Apocalypse Cognitive, avec les effets désastreux liés à la dérégulation du marché cognitif.

Face à ce que l’auteur décrit comme une propagande totale, il est nécessaire d’œuvrer au renforcement de l’esprit critique, notamment en exposant – comme le fait cet ouvrage Propagande – les ressorts et les techniques de la manipulation pour permettre au plus grand nombre de mieux s’en prémunir.

Un livre brillant, instructif, révoltant, pour nous permettre de mieux comprendre les ressorts les plus utilisés aujourd’hui pour influencer nos décisions et nous manipuler.

Les concept, idées et extraits ayant retenu mon attention dans le livre Propagande

  • C’est dans la démocratie athénienne et la République romaine qu’est apparue la première forme de propagande – en tant qu’ « effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière […]. Non seulement la propagande est née dans les régimes démocratiques, mais elle y a longtemps été perçue de façon positive. (p.9)
  • Définitions : Pour Harold Lasswell, elle « suggère ou impose des croyances et des réflexes qui modifient souvent le comportement, le psychisme et même les convictions religieuses ou philosophiques ». Pour Jacques Ellul, elle est l’ensemble des méthodes utilisées par un groupe organisé en vue de faire participer activement ou passivement à son action une masse d’individus psychologiquement unifiés par des manipulations psychologiques et encadrés par une organisation. (p.13)
  • Tarde et Le Bon sont les précurseurs, en France, de la psychologie sociale, qui repose sur l’étude de la façon dont les individus sont influencés par leurs semblables, et qui, en suggérant qu’il existe des règles pour diriger les masses dans un sens ou dans un autre, dotent les publicistes de la conviction qu’ils sont en capacité d’agir presque instantanément et simultanément sur des masses présumées influençables et susceptibles de réagit collectivement.(p.25)
  • Lorsque la commission Creel est dissoute en 1919, plusieurs de ses membres mettent leur nouvelle expertise d’ingénierie sociale au service de clients solvables. C’est le cas d’Edward Bernays (1891-1995), journaliste avant la guerre, considéré non seulement comme l’un des « pères fondateurs » des relations publiques, mais aussi comme celui qui a contribué au déploiement massif de la capacité d’influence des entreprises sur les conduites des individus. (p.33)
  • Edward Bernays, l’un des pères de la propagande politique donc (et neveu de Freud!) est convaincu que la « masse est incapable de juger correctement des affaires publiques et que les individus qui la composent sont inaptes à exercer le rôle de citoyen… » […] « La manipulation consciente, intelligente, des opinions et des habitudes organisées des masses écrit-il en 1928, joue un rôle important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme social imperceptible forment un gouvernement invisible qui dirige véritablement le pays. Nous sommes pour une large part gouvernés par des hommes dont nous ignorons tout, qui modèlent nos esprits, forgent nos goûts, nous soufflent nos idées ». (p.33) 
  • Selon Walter Lippmann, « l’Homme apprend à voir avec son esprit de vastes portions du monde qu’il ne pourrait jamais voir, toucher, sentir, entendre ou se souvenir ». […] Notre accès à l’information est donc entravé, que ce soit par l’information disponible, la censure ou le peu de temps dont on dispose pour suivre l’actualité, et l’image que l’on se fait du monde est non seulement imprécise, mais conditionnée par nos préjugés et nos présupposées. […] Tout notre processus de perception de l’environnement lointain est ainsi gouverné, contrôlé, par les stéréotypes, qui nous dispensent de fournir un effort de compréhension de la complexité du monde. (p.34)
  • Harold Lasswell (1902-1978) dans son ouvrage Propaganda Technique in the World War pose les fondamentaux de la théorie du behaviorisme qui analyse le comportement des individus en recourant à la science et à la quantification. (p.37)
  • La fabrique du consentement a pour but d »extraire de risque de la démocratie » en plaçant les affaires de l’État à l’abri du « tribunal de l’opinion », entre les mains d’une avant-garde de spécialistes – hommes politiques, administrateurs, intellectuels – parfaitement au fait des enjeux du monde moderne et à même de gouverner au mieux les intérêts de tous. (p.39)
  • La Seconde Guerre mondiale consacre aux États-Unis les sondages comme outil privilégié de connaissance de l’opinion publique […], une « arme  au service de la démocratie ». Les instituts de sondage affirment que leur outil reflète l’état de l’opinion à un instant donné mais ne font pas l’opinion.  Or cette affirmation est discutable. Dans une large mesure, les sondages contribuent à la fabrication de l’opinion. (p.64). Même les fameux sondages dont usent abondamment partis et gouvernements sont un élément de manipulation et d’intimidation; ils visent à créer ce sentiment d’unanimité, ou au moins de prépondérance, que les propagandes totalitaires recherchent par des moyens brutaux.[…] Comme d’innombrables autres expériences de psychologie sociale, l’expérience de Matthew Sagalnik dans la revue Science révèle la tendance grégaire de l’être humain, qui opère souvent ses choix en fonction de l’avis de la majorité, soit par conformisme, soit par croyance en la sagesse des foules. (p.64)
  • La propagande vise donc à fortifier l’opinion du groupe pour conduire ses membres à s’y conformer, en s’appuyant sur la tendance humaine à se conformer à la pensée ou l’attitude dominante. (p.69)
  • Un autre ressort de la fabrique du consentement est le recours à l’autorité –> Voir l’expérience de Stanley Milgram qui mène à Yale en 1961-1962 une expérience sur la propension des individus à obéir à une autorité leur donnant l’ordre d’infliger des décharges électriques à une victime innocente. (p.70)
  • En 1976, George Gerbner a mis en évidence le fait que les personnes regardant la télévision plus de quatre heures par jour surestimaient d’un facteur 40 la dangerosité du monde réel.  Ce « syndrome du monde effrayant » est accentué de nos jours par le traitement journalistique spectaculaire dont font l’objet, en temps réel, les attentats, quelles que soit leur intensité et leur ampleur. (p.73)
  • En France, en avril 2017, 89,9% des quotidiens nationaux, 55,3% des parts d’audience de la télévision et 40% des parts d’audience de la radio sont entre les mains de dix milliardaires. Les lois anti-concentration ne sont d’aucun effet, car aucun d’eux n’a de position hégémonique. (p.77) […] l’autocensure est plus fréquente et plus discrète que la censure : il suffit en effet de ne pas parler des sujets qui fâchent l’actionnaire. Comme l’écrit Julia Cagé, l’autocensure est un problème plus grave que la censure, car « plus difficile à réguler », et d’autant plus aigu qu’en raison de la concentration et de la fragilisation économique du secteur, elle gagne du terrain.
  • La liberté a un prix : Le modèle des start-up, qui repose souvent sur la liberté conférée aux salariés de gérer leur temps de travail, de fixer leurs objectifs, de travailler de chez eux ou de pratiquer des loisirs au travail, s’est révélé beaucoup plus efficace, en termes d’implication et de temps de travail effectif, que le modèle traditionnel de la pointeuse et de la prescription autoritaire. Car le sentiment de liberté est un puissant levier de soumission aux impératifs les plus productivistes […] « Un individu ne peut être efficacement manipulé que s’il éprouve un sentiment de liberté« . (p.125)
  • « Big Mother » : Les journées nationales, comme la journée de la courtoisie au volant, la journée sans portable, ou la journée sans tabac… l’État tend à se muer en une « grande nurserie » selon la formule de Mathieu Laine, pour qui « l’État nounou nous borde, nous observe et nous indique la conduite à tenir« .  (p.129)
  • Anthropologues et Tech : Les grandes entreprises du numérique, en particulier Google et Facebook, disposent aujourd’hui d’un pouvoir énorme sur les conduites collectives, qui s’appuie sur une connaissance détaillé de nos comportements et le recours massif à la science : Microsoft est aujourd’hui, aux États-Unis, le deuxième plus gros employeur d’anthropologues après le gouvernement américain. (p.139)
  • Images et réalité : Un recherche sur Google Images légendées « 9 novembre 1989 » (ndlr : chute du mur de Berlin) donnera des photos prises le 10, 11 ou le 12 novembre.Les images du 9 novembre sont rares et surtout peu esthétiques. La paresse, le manque de rigueur, ou un manque de connaissances, conduisent fréquemment à une mauvaise légende des photographies, tant dans les médias, qui comptent de moins en moins d’iconographes, que dans les agences d’image. (p.205)
  • Propagande et cinéma : Selon Bernays (en 1928), Dans le monde contemporain, le cinéma est à son insu la courroie de transmission la plus efficace de la propagande. Le cinéma a le pouvoir d’uniformiser les pensées et les habitudes de vie de toute la nation. (p.209). Les avancées de la psychologie et de la sociologie ont permis d’améliorer constamment la sophistication de cette propagande, d’autant plus efficace qu’elle s’adresse au cinéma à des individus « isolés dans la masse » et soumis à une propagande qui s’adresse à leur inconscient. (p.219)
  • Pentagone et Hollywood : Dans le cas Top Gun (1986), le Pentagone a mis à disposition des moyens colossaux dans le but, notamment, de promouvoir le recrutement d’aviateurs pour la Navy. Black Hawk Down et We Were Soldiers […] reposent sur la même trame narrative : des soldats américains mis en sérieuses difficultés par un ennemi redoutable et supérieur en nombre combattent avec héroïsme et viennent à bout de l’adversaire grâce à leur supériorité technologique. (p.223). Le Happy End ne signifie rien de plus qu’un retour à la situation ancienne, c’est-à-dire à la tranquillité du quotidien. Dès lors, ce retour est une manière de légitimer le monde dans lequel on vit en le rendant hautement désirable (puisqu’il est menacé). (p.226)
  • Infotainement : repose sur le contournement du rôle de filtre des journalistes par le débat, le commentaire et surtout l’image. La post-télévision adopte en effet un ton émotionnel, qui structure en profondeur le traitement de l’information télévisée en ciblant l’émotion des téléspectateurs (p.238)
  • Pour Pierre Bourdieu, les faits divers remplissent une fonction, celle de « faire diversion » par le recours à des « fait omnibus », « qui divertissent le téléspectateur en le privant des « informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques ». (p.239)
  • Télévision et propagande :  Le simple fait d’être exposé à un objet ou une personne à l’écran exerce sur les téléspectateurs une influence clandestine. […] Une surexposition médiatique peut grandement favoriser un candidat. (p.246)
  • Propagande de guerre : Anne Morelli résume et systématise en « dix commandements » de la propagande de guerre le contenu du livre de Ponsonby (pour référence) […] La Maison Blanche a créé sa propre réalité en recourant à toutes les techniques de « mise en fiction du réel » : le 1er mai 2003, pour convaincre les Américains de la victoire en Irak, Scott Sforza, ancien producteur d’ABC fait apponter le président des USA à bord d’un avion de chasse, à la manière de Tom Cruise dans Top Gun  puis lui fait prononcer son discours devant une bannière portant l’inscription « Mission Accomplished ». Aucune des images diffusées ne permet de voir que le porte-avion se trouve en réalité au large de San Diego. (p.268)
  • La post-vérité et post-politique : Arendt nous dit que nous sommes rentrés dans l’ère de l’affaiblissement des vérités de fait, contingentes, au profit des vérités de raison et ce qu’Alain Cambier appelle le « nihilisme cognitif ». L’effacement des vérités de faits, à partir desquelles il est possible de construire un débat serein sur la base de la confrontation de l’linterprétation de ces faits, est la source d' »un affaiblissement sans précédent de la politique et la marque la plus nette de l’entrée dans l’ère de la  « post-politique ». (p.274). L’autorité des médias en sort diminuée : la démultiplication des sources d’information, en affaiblissant le rôle de gatekeepers des journalistes, a fragilisé de fait la capacité à s’entendre sur des faits admis comme vrais et encouragé le scepticisme.  (p.275)
  • Fenêtre d’Overton : gamme d’idée que le public est prêt à accepter et qui est susceptible d’évoluer si l’on propose une proposition à ce point extrême que des propositions moins extrême semblent, par effet de contraste, plus acceptables. (p.280)
  • Le mythe du printemps Arabe par les réseaux sociaux : Révolution Facebook ou Twitter? En réalité, moins de 20% des adultes tunisiens et 7% des adultes égyptiens étaient sur Facebook en 2011, et il n’y avait que 130 000 comptes Twitter en Égypte. Le rôle des nouvelles tech apparait avoir été surestimé par des journalistes occidentaux.
  • Avec l’avènement de l’imagerie cérébrale, les neurosciences ont supplanté la psychologie sociale et le behaviourisme dans la panoplie des propagandistes.
  • Notre champ cognitif se rétrécit : Journalistes et scientifiques ont été concurrencés dans leur fonction traditionnelle de production, de sélection et de hiérarchisation de l’information par des systèmes algorithmiques des plateformes et des réseaux sociaux qui font primer l’instantanéité, la viralité et la popularité de l’information sur sa valeur intrinsèque. (p.381)

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