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La réalité de la réalité, de Paul Watzlawick, figure de l'École de Palo Alto

La réalité de la réalité, de Paul Watzlawick, figure de l'École de Palo Alto

Titre : La réalité de la réalité : Confusion, désinformation, communication
Titre original : How real is real ? Communication, Disinformation, Confusion.
Auteur :  Paul Watzlawick
Éditeur : Points
Pages : 241
Année : 1976
ISBN : 978-2-75-7841129

 

De la réalité chacun se fait son idée. Dans les discours scientifiques et politiques, dans les conversations de tous les jours, nous renvoyons en dernière instance au référent suprême : le réel. Mais où est donc ce réel ? Et surtout, existe-t-il réellement ? " De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu'il n'existe qu'une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité [...]." La réalité n'est pas, selon Paul Watzlawick, que la résultante des compromis, détours et aveuglements réciproques, à travers quoi passe l'information : la somme des confusions, désinformations et communications qui surgissent entre êtres parlants, et dont l'auteur donne un éventail d'illustrations aussi diverses qu'étonnantes.

A propos de l’auteur :

Paul Watzlawock (1921-2007) est psychothérapeute et théoricien de la communication, il fut l’une des figures majeures de l’École de Palo Alto.

Table des matières :

AVANT-PROPOS

I- La confusion

1. Les pièges de la traduction
2. Paradoxes
3. Les avantages de la confusion
     Le cas de Hans le malin
     Le traumatisme de Hans
     Le pouvoir des perceptions subtiles
     La « perception extrasensorielle »

II – La désinformation

4. De la récompense arbitraire à l’émergence de visions du monde
     Le cheval névrosé
     Le rat superstitieux

     Plus c’est compliqué, mieux c’est
     Le bandit à bras multiples
5. Hasard et règles
     Pouvoirs « psychiques »
6. Ponctuation
7. Ponctuation sémantique
     Quand tout est vrai, ainsi que son contraire
8. L’expérimentateur divin
     Le mystère des pare-brise
     La rumeur d’Orléans

9. La désinformation expérimentale
     La chanson de Herr Slissen Boschen
     La caméra candide

10. L’émergence de règles
11. L’interdépendance
.    Le dilemme des prisonniers
     Ce que je pense qu’il pense que je pense

12. Les menaces
     Comment faire pour qu’une menace porte, et comment la neutraliser
     La menace qui ne peut atteindre sa cible
     La menace à laquelle on ne peut se plier

13. La mystification dans le travail de renseignement
     L’Opération Mincemeat
     L’opération Neptune
14. Les deux réalités

III. La communication

15. Le chimpanzé
     Le langage par signes
     L’expérience Sarah

16. Le dauphin
17. La communication extra-terrestre
     Anticryptographie
    Le projet Ozma
     Propositions pour un code cosmique
     Radioglyphes et Lincos
     Un message de l’année 11 000 avec Jésus-Christ ?
     La plaque de Pioneer 10
     Des réalités inimaginables

18. La communication imaginaire
     Le paradoxe de Newcomb
     Flatland (la contrée plate)

19. Voyage dans le temps
20. L’instant éternel

Biliographie

Mon avis sur l'ouvrage La Réalité de la Réalité, Confusion, Désinformation, Communication de Paul Watzlawick :

Cet ouvrage de Paul Watzlawick a été pour moi un point d’entrée pour mieux comprendre la pensée de cette fameuse École de Palo Alto qui diffusera son influence dès les années 1950 jusqu’à aujourd’hui. Cet auteur fera partie de l’équipe qui rejoindra le Mental Research Institute (MRI) et aura un rôle prépondérant dans la théorie du constructivisme (notre image de la réalité est une construction de l’esprit humain et non de la réalité), les concepts de réalité de premier et second ordre, des illusions (suppositions, coryances, hypothèses, superstitions, espoirs, etc…) ayant forme de réalité…

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L’école de Palo Alto, à travers les travaux de recherche de ces membres sur la communication inter-personnelle, fera rentrer le monde dans la psychologie comportementale et servira de de base au développement de la psychologie cognitive et émotionnelle.

Cet ouvrage est agréable à lire car plutôt court – à peine 200 pages) et comprenant de très nombreux exemples pour illustrer les concepts de l’auteur. Cela permet une compréhension aisée, notamment pour les personnes non expertes des sujets touchant à la psychologie humaine.

Notamment au travers des nombreuses études de cas et recherches, ce livre me rappelle celui écrit par Daniel Kahneman, thinking fast and slow (un must pour toute personne intéressée par la pensée, la psychologie humaine et les biais cognitifs).

Les concepts et idées ayant retenu mon attention

Notre idée de la réalité est une illusion. Il existe différentes versions de cette réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles.

Les pièges de la traduction : Paul Watzlawick revient sur quelques erreurs classiques de traduction en citant notamment ce que l’on nomme communément les faux amis en anglais (actual, eventually, etc.) ou ce qui peut amener à des contresens. Dans le règne animal également, les langages peuvent être différents. L’exemple de la danse des abeilles est saisissant : celle des abeilles italiennes, qui bien que similaire à celle autrichienne revêt des significations bien différentes. Watzlawick complète ce chapitre par une anecdote qui aurait pu mal tourner à la suite d’une erreur de l’interprète lors de la Conférence de Genève sur la Corée à l’été 1954. On déduit de ces exemples l’importance de favoriser la compréhension et de réduire la confusion dans les relations et interactions humaines.

Paradoxes : L’auteur distingue trois dimensions du fonctionnement humain : l’acte, la pensée et le sentiment et développe quatre variantes fondamentales du thème paradoxal. 1/ Si un individu est puni d’une perception correcte du monde extérieur ou de lui même par un autre individu significatif (i.e. parent), alors son comportement satisfera les critères diagnostiques de la schizophrénie. 2/ Si un individu attend d’un autre qu’il ait des sentiments différents de ceux qu’il éprouve réellement, alors il se sentira coupable et son comportement satisfera les critères diagnostiques de la dépression. 3/ Si un individu formule à l’intention d’un autres des injonctions contradictoires (aka Double Bind) cette situation paradoxale satisfera aux critères diagnostiques de la délinquance. Enfin, 4/ si l’on exige d’un individu un comportement qui par sa nature même doit être spontanée mais ne peut l’être en l’occurrence, cela mène vers un paradoxe universel.

Les avantages de la confusion : Créer une confusion au moyen d’affirmations vagues, ambiguës, et intrigantes incite un sujet hypnotique à investir la première information concrète et compréhensible d’un degré inaccoutumé de valeur et d’importance. Propos illustrés par Hans le Malin, cheval savant qui répondait aux questions en tapant du sabot en fonction de changement imperceptibles de l’attitude corporelle du maître qui lui posait les questions. Ainsi, animaux et humains semblent avoir recours à certaines capacités qui ne font pas l’objet d’une maitrise consciente, capacités réactivées par des situations de confusion et de malentendu. Le risque étant d’être à la merci d’influence dont nous n’avons pas conscience.

De la récompense arbitraire à l’émergence de visions du monde : Paul Watzlawick démontre au travers de différentes expériences en lien avec les récompenses aléatoires (illustrées par la célèbre machine à sous) l’essence d’un problème humain universel : une fois parvenu à une solution – par un chemin largement payé d’angoisse et d’attente – notre investissement devient si grand que nous préférons déformer la réalité pour la plier à notre solution plutôt que de sacrifier la solution (p.61) .

Hasard et règles : L’ordre et le désordre ne sont pas des vérités objectives, mais comme tant d’autres choses, déterminés par le point de vue de l’observateur (propos illustré via des expériences portant sur des séquences arithmétiques).

Ponctuation : Ce terme de « ponctuation » est à comprendre dans le sens de « point de vue ». Ce ne sont pas les événements eux-mêmes qui sont vus différemment par les protagonistes mais leur ordre présumé, leur séquence, qui leur donne deux significations diamétralement opposées. Il n’existe en fait pas une seule réalité ni une seule vision. En réalité, un modèle circulaire gouverne l’interaction entre organismes (la cause produit l’effet qui retenti sur la cause, etc.)

L’expérimentateur divan mentionne le mystère des pare-brise de Seattle qui inquiéta jusqu’au Président Eisenhower, est un exemple parfait d’un non sujet, d’une sorte d’hystérie collective, un phénomène mineur soudainement associé à des questions émotionnellement chargées et atteignant les proportions d’une auto-validation et impliquant de plus en plus de sujet par sa propre inertie. (p.81). La rumeur d’Orléans  est un autre exemple saisissant d’événement, vide de substance, sans aucune preuve tangible, et avec des démentis formels, ne conduisant pas nécessairement à sa correction, mais plutôt à sa plus grande élaboration, de part l’implication des forces en présence (des forces de l’ordre dans le cas de la rumeur d’Orléans…). Nous préférons imaginer des lois de l’esprit. Nous aurions donc sensibilité ou fragilité marquée pour la désinformation !

La désinformation expérimentale est illustrée par la célèbre expérience des lignes de Solomon Asch dans laquelle les certitudes d’un individu cobaye – qui doit identifier des longueurs de lignes identiques sur des cartes – sont remises en cause face à tous les autres participants (tous complices de l’expérience). La soumission au groupe est alors édifiante et est en capacité de modifier sa propre perception de la réalité. La volonté d’être en harmonie avec le groupe quitte à renoncer à son indépendance est l’une des techniques utilisées par les démagogues. (p.91).

L’émergence de règles est une nécessité dans un groupe et renvoie au fait que chaque échange de message, quelque soit sa forme, réduit le nombre possible de mouvements suivants (i.e. ne pas mentionner lors de son premier rendez-vous avec une fille un retard de la demoiselle de 20min entraine un accord tacite sur une tolérance aux retards).

L’interdépendance fait mention de la théorie des jeux et de son dilemme le plus célèbre, celui du prisonnier. Dans ce scénario, il n’y a pas de solution idéale et seule une confiance absolue de chacun des prisonniers envers l’autre permettrait d’obtenir la solution commune la moins mauvaise. Pour réussir, une décision interdépendante, prise sans communication directe, doit être fondée sur quelque « vision du monde »  commune aux parties en présence. Schelling au moyen d’une expérience simple montre la difficulté à déterminer la prééminence dans les décisions interdépendantes. Il demande à un groupe de choisir – sans concertation – parmi les chiffres 7, 100, 13, 99, 261, 555. Un gain est offert si ils identifient individuellement le même chiffre. Seul le 261 est prééminent ici, car le seul des 6 chiffres proposés n’étant rattaché à aucune superstition (7, 13), croyance populaire ou rationalisation (99, 100, 555).

Les menaces pour réussir doivent remplir trois conditions : 1/ elles doivent être plausibles ou convaincantes, 2/ elles doivent atteindre la cible adverse 3/ la cible doit être en mesure de s’y soumettre. Heureusement, des contre-mesures existent pour disqualifier une menace : avoir l’esprit ailleurs, être inattentif, sourd ou saoul, éviter un regard d’avertissement en détournant les yeux, prétendre ne pas comprendre le langage dans lequel la menace est formulée… Ici aussi, la communication est interdépendante et la disqualification doit être crédible pour celui qui la formule. Paul Watzlawick nous partage ensuite quelques exemples savoureux d’employés de banque réussissant à déjouer un hold-up. Enfin, l’auteur revient sur des mesures de sauvegarde contre des menaces qui font partie de notre vie, comme l’utilisation de bulletins secrets pour le vote utilisés en démocratie, pour prémunir contre d’éventuels moyen de pression, marchandage…

La mystification dans le travail de renseignement traite des trois volets que sont l’espionnage (obtenir des informations sur l’ennemi), le contre-espionnage (empêcher l’ennemi d’obtenir des informations) et la mystification (fournir à l’ennemi de fausses informations). L’auteur revient sur de nombreux exemples notamment durant la Seconde Guerre Mondiale.

Les deux réalités : On distingue deux ordres de réalité : La réalité de premier ordre a trait aux propriétés purement physiques, objectivement sensibles des choses,  et est intimement lié à une perception sensorielle correcte, à une vérification objective, répétable et scientifique. La réalité de second ordre concerne l’attribution d’une signification et d’une valeur ) ces choses, et il se fonde sur la communication (la valeur intrinsèque de l’or versus son évaluation quotidienne sur les marchés, la signification d’un feu rouge pour un enfant vs. un adulte).

Dans les sections dédiées aux animaux, l’auteur partage les résultats de différentes expérimentations visant à étudier la communication entre animal et humain, avec des résultats surprenants quant à la capacité des chimpanzés à apprendre un nouveau langage. Et que dire de l’intelligence supérieure des dauphins qui avec un cerveau de 1700cm3, supérieur à l’Homme, n’a pas révélée toute sa potentialité…et sa réalité.

Et pourquoi nous arrêter en si bon chemin ? Partons maintenant à la découverte de la communication interstellaire, et les difficultés inhérentes à ce type de communication (trouver une fréquence, un horaire commun, une base pour établir la communication…) avec les extra-terrestres. De nombreux projets, certains sérieux, d’autres vraiment loufoques (allumer un feu géant dans désert) viennent agrémenter cette aventure absolument passionnante.

L’ouvrage finit sur quelques réflexions plus philosophiques en lien avec le voyage dans le temps et ses nombreux paradoxes.

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