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L'immortalité à portée de clic grâce à l'Intelligence Artificielle et la robotique

Highlander Christophe Lambert et l'immortalité à portée de clic

Certains petits veinards comme Connor MacLeod (aka Christophe Lambert dans Highlander) n’ont pas eu à attendre l’IA pour devenir immortels.

La mort est considérée encore aujourd'hui comme un phénomène naturel. Mais les progrès technologiques récents portés par l'Intelligence Artificielle et la robotique pourraient faire évoluer notre perception traditionnelle. En effet, la synthèse d'une voix humaine conforme à l'originale ne pose plus aucun problème techniquement parlant, et les informations qui nous concernent chacun sur Internet sont considérables. L'industrie des clones digitaux à apparence humaine est en plein essor, notamment en Chine ou l'on peut créer votre avatar ou celui de l'un de vos proches disparu pour quelques euros. Comment dans ces conditions "faire son deuil" alors même que nous pourrons conserver auprès de nous des disparus ressuscités assistés par la technologie? Quel rapport entretiendrons-nous avec notre propre mort ? Et comment ne pas être tenté de redonner vie aux plus grands génies humains ?

Garder présent un disparu à travers un chatbot mémoriel

A la suite du décès de son meilleur ami Roman Mazurenko mort accidentellement le 28 novembre 2015, Eugénia Kuyda décide de concevoir un chatbot un peu particulier. En utilisant une intelligence artificielle alimentée par les messages textuels qu’elle avait échangé avec Roman au fil des années, elle a pu mettre en place un avatar virtuel, sorte de chatbot mémoriel, lui permettant à elle et à ses proches d’interagir avec Roman verbalement et par SMS. En simulant des conversations avec son ami décédé, elle offre ainsi un nouveau type de consolation et de continuation de la relation post-mortem.

Nous ne sommes plus très loin de l’épisode « Bientôt de Retour » de la série dystopique Black Miroir, ou l’héroïne Martha perd son compagnon lors d’un accident de la route et le retrouve incarné dans un androïde (robot ayant apparence humaine) après l’avoir ressuscité grâce au service d’une entreprise technologique.

Dans certaines cultures Asiatiques, la relation qu’entretiennent les vivants avec leurs morts est très différentes de nos sociétés occidentales. Le fait de vivre avec ses morts n’est pas tabou. Ainsi, par le biais d’un logiciel 3D, une équipe Coréenne avait « redonné vie » à Nayeon, une fillette de 7 ans, décédée en 2017 des suites d’une leucémie. Sa mère, Ji-sung avait pu retrouver son enfant grâce à une expérience inédite menée par la chaine de télévision MBC. Durant plusieurs mois, les équipes spécialistes en réalité virtuelle ont collecté de nombreuses informations (photos, vidéos, enregistrements sonores…) afin de recréer virtuellement Nayeon.

Mais c’est réellement en Chine que l’immortalité pourrait être à portée de clic grâce à l’Intelligence Artificielle…

L'industrie des clones digitaux à apparence humaine explose en Chine

Le Festival de Qingming, également appelé « journée nationale de nettoyage des tombes » est une importante fête traditionnelle dans la culture chinoise. Elle symbolise le profond respect du peuple chinois pour ses ancêtres et est marquée par la visite de millions de personnes sur les tombes des défunts. 
 
Cette année, l’Intelligence Artificielle s’est mêlée au festival, avec des entreprises proposant leurs services en ligne aux familles désireuses de réanimer leurs morts, au travers de la création d’avatars virtuels, le tout facturé quelques euros par avatar seulement.
 
La création de clones digitaux à apparence humaine est en Chine une véritable industrie qui a généré 12 milliards de yuan (1,5 milliard d’euros) en 2022 et dont les revenus pourraient quadrupler à horizon 2025. Pour démontrer sa maitrise de la technologie, l’un des leaders du secteur de l’IA en Chine, la société SenseTime a fait intervenir en vidéo son ancien fondateur Tang Xiao, en introduction de la réunion générale cette année, alors même que ce dernier était décédé fin 2023.
 
Après la nécessité d’organiser sa mort biologique, il pourrait maintenant être pertinent de planifier au choix sa mort 2.0 ou son éternité numérique.

Survivre à sa propre mort

En France, c’est en 2016 que le législateur a reconnu et clarifié le droit pour les personnes, ou à défaut leurs héritiers, d’organiser le sort des données personnelles après la mort.

Le réseau social Facebook permet quant à lui depuis plusieurs années de transformer son compte personnel en compte commémoratif à partir de la date de sa mort. Un justificatif de décès permettra ainsi au légataire de gérer le compte, à moins que la personne décédée s’y soit opposée de son vivant.

De nombreux sites Internet comme My good Trust permettent également, à condition d’y souscrire de son vivant, de transférer les droits d’accès à tous ses contenus numériques à un tiers de confiance.

Les entreprises technologiques pourraient finalement bien réussir à matérialiser l’une des promesses des religions, en nous offrant de rejoindre le ciel (ou le cloud) pour l’éternité.

La créativité est-elle encore la caractéristique principale de l'humanité ?

La créativité est l’une des caractéristiques principales de l’humanité. Edouard O. Wilson, dans son ouvrage « The Origin of Creativity » la définit comme le trait unique et définissant de notre espèce ; et son objectif ultime est la compréhension de soi. Mais dans le domaine de la créativité aussi, l’IA fait des progrès.

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Au Coliseum de Londres en 2018, un hologramme de Maria Callas, décédée en 1977, avait déjà impressionné les spectateurs en interprétant des airs célèbres d’opéras comme Carmen et Tosca, grâce à la société Base Hologram. Cette performance, mêlant enregistrements historiques de la voix de Callas avec un accompagnement orchestral en direct, avait permis de créer un spectacle vivant mélangeant le virtuel et le réel et ouvrant une nouvelle ère pour la réalité augmentée dans le spectacle vivant.
 
La dixième symphonie de Beethoven, dont on ne possède que quelques esquisses très brèves, suite à la mort prématurée du compositeur, a pu être complétée par l’IA, deux siècles après sa mort. En 2019, et après plusieurs mois de travail, une équipe allemande d’experts en machine learning et en musicologie finit de composer la symphonie inachevée dans le cadre du Projet Beethoven X. On notera cependant que, suite à l’écoute de cette symphonie jouée par un orchestre en live, le chef d’orchestre et professeur de musique Felix Mayer, qui a travaillé sur le projet, partage son sentiment :  » ma réaction spontanée est très impolie, mais je me suis ennuyé à mourir […], c’est de la musique sans idée « . La (re)composition est à écouter ici.
 
En 2016 déjà, une équipe avait travaillé avec Microsoft sur un algorithme de machine learning, dans le cadre du projet « The Next Rembrandt », pour créer une toile imprimée en 3D censée reproduire le style de Rembrandt. A la présentation du projet en France, je me rappelle à l’époque la réaction de Maurice Levy, ex patron de l’agence Publicis, qui avait alors déclaré de manière piquante sur scène lors de l’événement Microsoft  « qu’il ne savait pas que Microsoft soutenait la contrefaçon « .
 
Une façon de montrer qu’il n’y a pas forcement de consensus entre une démarche technologique perçue comme innovante et une approche plus conservatrice des milieux créatifs et artistiques.
 
Ces nouveaux usages posent de nombreuses questions, tant philosophiques, artistiques que juridiques.

Conclusion

Je ne prétends pas ici juger le bien fondé d’une technologie en pleine émergence. Les technologies 3D ne sont pas utilisées uniquement pour ressusciter nos proches mais également par des professionnels de la santé pour soigner différentes pathologies médicales comme les phobies et bien d’autres cas pratiques comme recréer des tissus humains et demain des organes.
 
La gestion du deuil est l’une des choses les plus intimes qui soit et libre à chacun de trouver sa manière de vivre avec ses proches disparus. Mais l’expression « faire son deuil » gardera-t-elle encore un sens lorsqu’il nous sera possible de continuer à converser avec un mort par SMS, voire dinteragir avec un robot à son effigie ?
 
Et quid du « droit à l’image » des personnes disparues et d’œuvres recomposées ou pseudo-originales ?  Pourrons-nous demain fabriquer chez nous des visages de nos héros, chanteurs, artistes ou personnes historiques grâce à nos imprimantes 3D ? Le législateur aidé du juriste devra réglementer ce nouvel usage et définir quel statut donner à cette créature, que le psychiatre Serge Tisseron nomme une « relique » laïque dans son ouvrage « petit traité de cyber-psychologie« .
 
Alors oui, une certaine forme d’immortalité numérique n’a jamais semblé être autant à portée de clic, mais est-elle souhaitable pour autant ? Pensez-vous l’IA capable de créativité ? Faut-il ressusciter les morts ? Comment pensez-vous gérer votre mort 2.0 ? 

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