
En 2013, Edward Snowden, vingt-neuf ans, a choqué le monde lorsqu’il a rompu avec l’establishment du renseignement américain et a révélé que le gouvernement des États-Unis poursuivait secrètement les moyens de collecter chaque appel téléphonique, message texte, et email. Le résultat serait un système sans précédent de surveillance de masse avec la capacité de s’immiscer dans la vie privée de chaque personne sur terre. Six ans plus tard, Snowden révèle pour la toute première fois comment il a aidé à construire ce système et pourquoi il a été poussé à l’exposer.
S’étendant des banlieues bucoliques de la Beltway de son enfance aux postes clandestins de la CIA et de la NSA de sa vie adulte, Permanent Record est le récit extraordinaire d’un jeune homme brillant qui a grandi en ligne – un homme qui est devenu un espion, un lanceur d’alerte, et, en exil, la conscience d’Internet. Écrit avec esprit, grâce, passion, et une franchise sans faiblesse, Permanent Record est un mémoire crucial de notre ère numérique et destiné à devenir un classique.
Edward Snowden est né à Elizabeth City, en Caroline du Nord, et a grandi à l’ombre de Fort Meade. Ingénieur système de formation, il a servi en tant qu’officier de la Central Intelligence Agency, et a travaillé comme sous-traitant pour la National Security Agency. Il a reçu de nombreux prix pour son service public, y compris le Right Livelihood Award, le Whistleblower-Preis allemand, le Prix Ridenhour pour la vérité, et la Médaille Carl von Ossietzky de la Ligue internationale des droits de l’homme. Actuellement, il siège en tant que président du conseil d’administration de la Freedom of the Press Foundation.
Traite ou héros ? Pour certaines personnes, l’ex agent de la CIA et de la NSA est un traite à la Nation. Révélant au grand jour le système de surveillance généralisé des États-Unis en 2013, Edward Snowden est critiqué pour avoir fragilisé l’IC (l’intelligence Community) et la relation des USA avec ses partenaires (sic). Pour d’autres (dont je fais parti), il est l’un des plus hardent défenseur de la vie privée et plus proche du héros que du dissident.
Son ouvrage – qui se lit comme un roman d’espionnage – retrace sa jeunesse en Caroline du Nord puis dans le Maryland, à proximité des locaux des services de renseignement. Brillant technicien, il fait ses classes à la CIA avant de rejoindre la NSA comme agent. Ses différentes experiences professionnelles vont lui faire peu à peu prendre conscience de l’ampleur du réseau de surveillance tissé par les services secrets US – qu’il contribue à développer – dans un contexte post attentats du 11 septembre 2001. Cet évènement tragique sera propice à favoriser la sécurité intérieur au détriment de la vie privée des citoyens américains, et des autres. Nul ne semble pouvoir arrêter l’oncle Sam dans sa volonté de surveiller, analyser et contrôler nos vies digitales. L’activité Internet mondiale sera désormais enregistrée et stockée, de manière permanente (i.e. Permanent Record).
J’ai lu l’ouvrage d’Edward Snowden lorsqu’il est sorti, en 2019. Dès lors, pourquoi rédiger cette fiche de lecture en 2026 ? La raison est simple. Pour ne pas que ses révélations et son courage tombent dans l’oubli de nos mémoires vives (ndlr : le titre du livre en Français). Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’interviens auprès d’étudiants en école supérieure, notamment en informatique et en cybersécurité. C’est lors de ma dernière intervention que je réalise qu’aucun de mes 20 étudiants n’avait entendu parlé des révélations de surveillance de masse, et encore moins du nom d’Edward Snowden. Je n’en croyais pas mes oreilles. Comment était-il possible que des jeunes étudiants, se destinant pour une partie d’entre eux à devenir des ingénieurs en cybersécurité, aient pu passer à côté de ce scandale planétaire.
Pour ma part, Snowden a eu une influence importante dans mon désire de m’orienter vers la cybersécurité. Il a démontré à travers ses leaks que si rien n’était fait, la vie privée ferait rapidement parti d’un concept du passé.
Et aujourd’hui ? Et bien, mon sentiment est que rien n’a véritablement changé depuis 2013. Si certaines initiatives européennes sont louables (RGPD, Data Act…), la dépendance technologique à notre allié américain n’a jamais semblé aussi forte, comme nous l’a bien décrit le juge de la CPI Nicolas Guillou. La NSA agit toujours en black box, en toute impunité, sans aucun regard critique du législateur américain et à l’ombre des citoyens. La conscience même de la vie privée recule dans le monde entier, à mesure que les géants de la Tech et de l‘IA s’attèlent à la démanteler, pour du profit.
Pourtant, je ne perds pas espoir. La souveraineté numérique européenne semble plus que jamais se matérialiser, aidée il est vrai pas un gouvernement Trump volontariste et fédérateur (contre lui). On se prend alors à rêver d’une Europe numérique fière, autonome et souveraine.
Pour aller plus loin, je vous encourage à visionner le documentaire Citizen Four qui retrace le moment ou Snowden et une poignée de journalistes révèlent au monde l’ampleur de l’espionnage américain.
Je m’appelle Edward Joseph Snowden. Je travaillais autrefois pour le gouvernement, mais maintenant je travaille pour le public. Il m’a fallu près de trois décennies pour reconnaître qu’il y avait une distinction, et quand je l’ai fait, cela m’a attiré quelques ennuis au bureau. En conséquence, je passe maintenant mon temps à essayer de protéger le public de la personne que j’étais autrefois – un espion pour la Central Intelligence Agency (CIA) et la National Security Agency (NSA), juste un autre jeune technologue cherchant à construire ce dont j’étais sûr serait un monde meilleur. (p.1)
Je dois ajouter que mes deux parents avaient des habilitations top secrètes, mais ma mère avait aussi un polygraphe à champ complet – un contrôle de sécurité de niveau supérieur auquel les membres de l’armée ne sont pas soumis. Le plus drôle, c’est que ma mère était la personne la plus éloignée d’une espionne qui soit. Elle était employée de bureau dans une association indépendante d’assurance et d’avantages sociaux qui servait les employés de la NSA – fournissant essentiellement aux espions des plans de retraite. Mais tout de même, pour traiter les formulaires de pension, elle devait être vérifiée comme si elle s’apprêtait à parachuter dans une jungle pour organiser un coup d’État. (p.37)
Voici la traduction littérale :
« Puis-je demander qui est à l’appareil ? »
Je me suis retourné sur mon siège et elle se tenait au-dessus de moi, tenant le téléphone contre sa poitrine. Toute la couleur avait quitté son visage. Elle tremblait. Son chuchotement avait une urgence dolente que je n’avais jamais entendue auparavant, et cela m’a terrifié :
« Qu’est-ce que tu as fait ? »
Si j’avais su, je le lui aurais dit. Au lieu de cela, j’ai demandé :
« Qui est-ce ? »
« Los Alamos, le laboratoire nucléaire. » « Oh, Dieu merci. » J’ai délicatement pris le téléphone et je l’ai fait asseoir.
« Allô ? » (p.59)
De toute façon, ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup de choses à découvrir sur l’Internet public qui soient plus intéressantes que ce que l’agence possède déjà en interne. Peu de gens le réalisent, mais la CIA a son propre Internet et Web. Elle a son propre genre de Facebook, qui permet aux agents d’interagir socialement ; son propre type de Wikipédia, qui fournit aux agents des informations sur les équipes, projets et missions de l’agence ; et sa propre version interne de Google – en fait fournie par Google – qui permet aux agents de chercher sur ce réseau tentaculaire qui discute de ce qu’elle fait et publie des comptes-rendus de réunions et des présentations. Pendant des heures et des heures chaque soir, ce fut mon éducation. (p.132)
Cette idée est, si vous êtes dans une ambassade américaine, c’est-à-dire si vous êtes loin de chez vous et entouré d’étrangers indignes de confiance – qu’ils soient hostiles ou alliés, ce sont quand même des étrangers indignes de confiance pour la CIA – vous allez devoir gérer tous vos besoins techniques en interne. Si vous demandez à un réparateur local de réparer votre base d’espionnage secrète, il le fera certainement, même à bas prix, mais il va aussi installer des mouchards difficiles à trouver pour le compte d’une puissance étrangère. (p.139)
L’Internet est fondamentalement américain, mais j’ai dû quitter l’Amérique pour comprendre pleinement ce que cela signifiait. Le World Wide Web a peut-être été inventé à Genève, au laboratoire de recherche du CERN en 1989, mais les façons par lesquelles on accède au Web sont aussi américaines que le baseball, ce qui donne aux services de renseignement américains l’avantage du terrain. Les câbles et les satellites, les serveurs et les tours – tellement de l’infrastructure de l’Internet est sous contrôle américain que plus de 90 pour cent du trafic Internet mondial passe par des technologies développées, possédées et/ou exploitées par le gouvernement américain et des entreprises américaines, dont la plupart sont physiquement situées sur le territoire américain. (p.163)
Un tableur contenant chaque bribe de données sur vous poserait un danger mortel. Imaginez-le : tous les secrets, grands et petits, qui pourraient mettre fin à votre mariage, mettre fin à votre carrière, empoisonner même vos relations les plus proches, et vous laisser ruiné, sans amis, et en prison. Peut-être que le tableur inclurait le joint que vous avez fumé le week-end dernier chez un ami, ou la ligne de cocaïne que vous avez sniffée sur l’écran de votre téléphone dans un bar pendant vos études. Ou l’aventure d’un soir, ivre, que vous avez eue avec la petite amie de votre ami, qui est maintenant la femme de votre ami, que vous regrettez tous les deux et avez convenu de ne jamais mentionner à personne. Ou un avortement que vous avez eu lorsque vous étiez adolescente, que vous avez caché à vos parents et que vous aimeriez garder caché à votre conjoint. Ou peut-être est-ce simplement une information sur une pétition que vous avez signée, ou une manifestation à laquelle vous avez assisté. Tout le monde a quelque chose, une information compromettante enfouie parmi ses octets – sinon dans ses fichiers, alors dans son email, sinon dans son email, alors dans son historique de navigation. Et maintenant cette information était stockée par le gouvernement américain. (p.199)
Dire que vous n’avez pas besoin ou ne voulez pas de vie privée parce que vous n’avez rien à cacher, c’est supposer que personne ne devrait avoir, ou ne pourrait avoir, quoi que ce soit à cacher – y compris son statut d’immigration, son historique de chômage, son historique financier, et ses dossiers médicaux. Vous supposez que personne, y compris vous-même, ne pourrait s’opposer à révéler à quiconque des informations sur ses croyances religieuses, ses affiliations politiques, et ses activités sexuelles, aussi naturellement que certains choisissent de révéler leurs goûts en matière de films et de musique et leurs préférences de lecture. (p.209)
Donc je n’allais pas chez McDonald’s ou Starbucks – j’allais conduire. Plus précisément, je faisais du « war-driving », qui consiste à convertir sa voiture en un capteur Wi-Fi itinérant. Pour cela, il faut un ordinateur portable, une antenne de haute puissance, et un capteur GPS magnétique, qui peut être collé sur le toit. L’alimentation est fournie par la voiture ou par une batterie portable, ou sinon par l’ordinateur portable lui-même. Tout ce dont vous avez besoin peut tenir dans un sac à dos. (p.253)
J’ai emporté un ordinateur portable bon marché faisant tourner TAILS, qui est un système d’exploitation « amnésique » basé sur Linux – ce qui signifie qu’il oublie tout quand on l’éteint, et redémarre à neuf quand on le rallume, sans aucun journal ni trace de mémoire de quoi que ce soit qui y aurait été fait. TAILS me permettait de facilement « usurper », ou déguiser, l’adresse MAC de l’ordinateur portable : chaque fois qu’il se connectait à un réseau, il laissait derrière lui la trace d’une autre machine, en aucune façon associable à la mienne. Fort utilement, TAILS avait aussi un support intégré pour se connecter au réseau anonymisant Tor.
La nuit et le week-end, j’ai conduit dans ce qui semblait être l’île d’Oahu tout entière, laissant mon antenne capter les pulsations de chaque réseau Wi-Fi. Mon capteur GPS marquait chaque point d’accès avec l’emplacement où il avait été détecté, grâce à un programme de cartographie que j’utilisais appelé Kismet. Le résultat fut une carte des réseaux invisibles devant lesquels nous passons chaque jour sans même nous en apercevoir, dont un pourcentage scandaleusement élevé n’avait soit aucune sécurité du tout, soit une sécurité que je pouvais trivialement contourner. Certains réseaux nécessitaient un piratage plus sophistiqué. Je brouillais brièvement un réseau, faisant en sorte que ses utilisateurs légitimes soient déconnectés ; dans leur tentative de se reconnecter, ils retransmettaient automatiquement leurs « paquets d’authentification », que je pouvais intercepter et efficacement déchiffrer en mots de passe qui me permettraient de me connecter tout comme n’importe quel autre utilisateur « autorisé ».
Je vais m’abstenir de publier exactement comment j’ai procédé pour ma propre écriture – ma propre copie et chiffrement – afin que la NSA soit encore debout demain. Je mentionnerai, cependant, quelle technologie de stockage j’ai utilisée pour les fichiers copiés. Oubliez les clés USB ; elles sont trop encombrantes pour la quantité relativement faible qu’elles stockent. J’ai opté, à la place, pour les cartes SD – l’acronyme signifie Secure Digital. En fait, j’ai opté pour les cartes mini- et micro-SD […] Vous pouvez en faire tenir une à l’intérieur du carré décollé d’un Rubik’s Cube, puis recoller le carré, et personne ne le remarquera (p.259)
Le chiffrement est la seule véritable protection contre la surveillance. Si l’intégralité de votre disque de stockage est chiffrée dès le départ, vos adversaires ne peuvent pas le fouiller à la recherche de fichiers supprimés, ou de quoi que ce soit d’autre – à moins qu’ils n’aient la clé de chiffrement. Si tous les emails de votre boîte de réception sont chiffrés, Google ne peut pas les lire pour vous profiler – à moins qu’ils n’aient la clé de chiffrement. Si toutes vos communications qui passent par des réseaux hostiles australiens, britanniques, américains, chinois ou russes sont chiffrées, les espions ne peuvent pas les lire – à moins qu’ils n’aient la clé de chiffrement. C’est le principe organisateur du chiffrement : tout le pouvoir au détenteur de la clé […] Dans mes communications avec les journalistes, j’utilisais des clés de 4096 et 8192 bits. Cela signifiait qu’en l’absence d’innovations majeures dans la technologie informatique ou d’une redéfinition fondamentale des principes selon lesquels les nombres sont factorisés, même tous les cryptanalystes de la NSA utilisant toute la puissance informatique du monde réunie ne seraient pas capables de pénétrer dans mon disque. Pour cette raison, le chiffrement est le meilleur espoir pour combattre la surveillance de toute sorte. (p.271)
La NSA décrivait XKEYSCORE, dans les documents que j’allais plus tard transmettre aux journalistes, comme son outil « à la portée la plus large », utilisé pour rechercher « presque tout ce qu’un utilisateur fait sur Internet ».
C’était, en termes simples, une interface qui vous permet de taper pratiquement l’adresse, le numéro de téléphone, ou l’adresse IP de n’importe qui, puis de parcourir essentiellement l’historique récent de son activité en ligne. Dans certains cas, vous pouviez même rejouer des enregistrements de leurs sessions en ligne, de sorte que l’écran que vous regardiez était leur écran, leur historique de navigateur, leur historique de recherche, leurs publications sur les réseaux sociaux, tout. Vous pouviez configurer des notifications qui apparaîtraient lorsqu’une personne ou un appareil qui vous intéressait devenait actif sur Internet pour la journée. Et vous pouviez parcourir les paquets de données Internet pour voir les requêtes de recherche d’une personne apparaître lettre par lettre, puisque tant de sites transmettaient chaque caractère au fur et à mesure qu’il était tapé. C’était comme regarder une saisie automatique, alors que les lettres et les mots clignotaient sur l’écran. Mais l’intelligence derrière cette frappe n’était pas artificielle mais humaine : c’était une « humaincomplétion ». (p.279)
J’ai pris un congé médical d’urgence de mon travail, invoquant l’épilepsie, et j’ai emballé peu de bagages et quatre ordinateurs portables : communications sécurisées, communications normales, un leurre, et un « airgap » (un ordinateur qui n’était jamais allé et n’irait jamais en ligne). J’ai laissé mon smartphone sur le comptoir de la cuisine à côté d’un bloc-notes sur lequel j’ai griffonné au stylo : On m’a appelé pour le travail. Je t’aime. (p.285)
In 2013, twenty-nine-year-old Edward Snowden shocked the world when he broke with the American Intelligence establishment and revealed that the United States government was secretly pursuing the means to collect every single phone call, text message, and email. The result would be an unprecedented system of mass surveillance with the ability to pry into the private lives of every person on earth. Six years later, Snowden reveals for the very first time how he helped to build this system and why he was moved to expose it.
Spanning the bucolic Beltway suburbs of his childhood and the clandestine CIA and NSA postings of his adulthood, Permanent Record is the extraordinary account of a bright young man who grew up online – a man who became a spy, a whistleblower, and, in exile, the Internet’s conscience. Written with wit, grace, passion, and unflinching candor, Permanent Record is a crucial memoir of our digital age and destined to be a classic.
Edward Snowden was born in Elisabeth City, North Carolina, and grew up in the shadow of Fort Meade. A systems engineer by training, he served as an officer of the Central Intelligence Agency, and worked as a contractor for the National Security Agency. He has received numerous awards for his public service, including the Right Livelihood Award, the German Whistleblower, Prize, the Ridenhour Prize for Truth-Telling, and the Carl von Ossietzky Medal from the International League of Human Rights. Currently, he serves as president of the board of directors of the Freedom of the Press Foundation.
My name is Edward Joseph Snowden. I used to work for the government, but now I work for the public. It took me nearly three decades to recognize that there was a distinction, and when I did, it got me into a bit of trouble a the office. As a result, I now spend my time trying to protect the public from the person I used to be – a spy for the Central Intelligence Agency (CIA) and National Security Agency (NSA), just another young technologist out to build what I was sure would be a better world. (p.1)
I should add that both my parents had top secret clearances, but my mother also had a full-scope polygraph – a higher-level security check that members of the military aren’t subject to. The funny thing is, my mother was the farthest thing from a spy. She was clerk at an independent insurance and benefits association that serviced employees of the NSA – essentially, providing spies with retirement plans. But still, to process pension forms she had to be vetted as if she were about to parachute into a jingle to stage a coup. (p.37)
« May I ask who’s calling? »
I turned around in my seat and she was standing over me, holding the phone against her chest. All the color had left her face. She was trembling.
Her whisper had a mounrful urgency I’d never heard before, and it terrified me: « What did you do? »
Had I know, I would have told her. Instead, I asked, « Who is it ? »
Lost Alamos, the nuclear laboratory. »
« Oh, thank God. »
I gently pried the phone away from her and sat her down.
« Hello? »
(p.59)
Anyway, it’s not like there’s a lot to be found out there on the public Internet that’s more interesting than what the agency already has internally. Few realize this, but the CIA has its own Internet and Web. It has its own kind of Facebook, which allow agents to interact socially; its own type of Wikipedia, which provides agents with information about agency teams, projects, and missions; and its own internal vesrion of Google – actually provided by Google – which allows agents to search this sprawling on this network that discusses what it does and posts meeting minutes and presentations. For hours and hours every night, this was my education. (p.132)
This idea is, if you’re in an American embassy, which is to say if you’re far from home and surrounded by untrustworthy foreigners – whether hostiles or allies, they’re still untrustworthy foreigners to the CIA- you’re going to have to handle all of your technical needs internally. If you ask a local repairman to fix your secret spy base, he’ll definitely do it, even for cheap, but he’s also going to install hard-to-find bugs on behalf of a foreign power. (p.139)
The Internet is fundamentally American, but I had to leave America to fully understand what that meant. The World Wide Web might have been invented in Geneva, at the CERN research laboratory in 1989, but the ways by which the Web is accessed are as American as baseball, which gives the American Intelligence the home field advantage. The cables and satellites, the servers and towers – so much of the infrastructure of the Internet is under US control that over 90 percent of the world’s Internet traffic passes through technologies developed, owned, and/or operated by the American government and American businesses, most of which are physically located on American territory. (p.163)
A spreadsheet containing every scrap of data about you would pose a mortal hazard. Imagine it: all the secrets big and small that could end your marriage, end your career, poison even your closest relationships, and leave you broke, friendless, and in prison. Maybe the spreadhseet would include the joint you smoked last weekend at a friend’s house, or the one line of cocaine you snorted off the screen of your phone in a bar in college. Or the drunken one-night stand you had with your friend’s girlfriend, who’s now your friend’s wife, which you both regret and have agreed never to mention to anyone. Or an abortion you got when you were a teenager, which you kept hidden from your parents and that you’d like to keep hidden from your spouse. Or maybe it’s just information about a petition you signed, or a protest you attended. Everyone has something, some compromising informatin buried among their bytes – if not in their files then in their email, if not in their email then in their browsing history. And now this information was being stored by the US governement. (p.199)
Saying that you don’t need or want privacy because you have nothing to hide is to assume that no one should have, or could have, to hide anything – including their immigration status, unemployment history, financial history, and health records. You’re assuming that no one, including yourself, might object to revealing to anyone information about their religious beliefs, political affiliations, and sexual activities, as casually as some choose to reveal their movie and music tastes and reading preferences. (p.209)
So I didn’t go to McDonald’s or Starbucks – I went driving. Specifically, I went war-driving, which is when you convert your car into a roving Wi-Fi sensor. For this you need a laptop, a high-powered antenna, and a magnetic GPS sensor, which can be slapped atop the roof. Power is provided by the car or by a portable battery, or else by the laptop itself. Everything you need can fit into a backpack. (p.253)
I took along a cheap laptop running TAILS, which is a Linux-based « amnesiac » operating system – meaning it forgets everything when you turn it off, and starts fresh when you boot it up again, wiith no logs or memory traces of anything ever done on it. TAILS allowed me to easily « spoof », or disguise, the laptop’s MAC: whenever it connected to a network it left behind the record of some other machine, in no way associable with mine. Usefully enough, TAILS also had built-in support for connecting to the anonymizing Tor network.
At nights and on weekends, I drove around what seemed like the entire island or Oahu, letting my antenna pick up the pulses of each Wi-Fi network. My GPS sensor tagged each access point with the location at which it was noticed, thanks to a mapping program I used called Kismet. What resulted was a map of the invisible networks we pass by every day without even noticing, a scandalously high percentage of which had either no security at all or security I could trivially bypass. Some of the neworks required more sophisticated hacking. I’d briefly jam a network, causing its legimitage users to be booted off-line; in their attempt to reconnect, they’d automatically rebroadcast their ‘authentication packets, » which I could intercept and effectively decipher into passwords that would let me log on just like any other « authorized » user.
I’m going to refrain from publishing how exactly I went about my own writing – my own copying and encryption – so that the NSA will still be standing tomorrow. I will mention, however, what storage technology I used fo rthe copied files. Forget thumbdrives; they’re too bulky for the relatively small amount they store. I went, instead, for SD cards – the acronym stands for Secure Digital. Actually, I went for the mini-and micro-SD cards […] You can fit one inside the pried-off square of a Rubik’s Cube, then stick the square back on, and nobody will notice (p.259)
Encryption is the only true protection against surveillance. If the whole of your storage drive is encrypted to being with, your adversaries can’t rummage through it for deleted files, or for anything else – unless they have the encryption key. If all the emails in your inbox are encrypted, Google can’t read them to profile you – unless they have the encryption key. If all your communications that pass throught hostile Australian or British or American or Chinese or Russian networks are encryped, spies can’t read them – unless theu have the encryption key. This is the ordering principle of encryption: all power to the key holder […] In my communications with journalists, I used 4096- and 8192- bit keys. This meant that absent major innovations in computing technology or a fundamental redefining of the principles by which numbers are factored, not even all of the NSA’s cryptanalysts using all of the world’s computing power put together would be able to get into my drive. For this reason, encryption is the single best hope for fighting surveillance of any kind. (p.271)
The NSA described XKEYSCORE, in the documents I’d later pass on to journalists, as its « widest-ranging » tool, used to search « nearly everything a user does on the Internet. »
It was, simply put, an interface that allows you to type in pretty much anyone’s adresse, telephone number, or IP address, and then basically go through the recent history of their online activity. In some cases you could even play back recordings of their online sessions, so that the screen you’d be looking at was their screen, brower history, their search history, their social media postings, everyhting. You could set up notifications that would pop up when some person or some device you were interested in became active on the Internet for the day. And you could look through the packets of Internet data to see a person’s search queries appear letter by letter, since so many sites transmitted each character as it was typed. It was like watching an autocomplete, as letters and words flashed across the screen. But the intelligence behind that typing wasn’t artificial but human: this was a humancomplete. (p.279)
I took an emergency medical leave of absence from work, citing epilepsy, and packed scant luggage and four laptops: secure communications, normal communications, a decoy, and an « airgap » (a computer that had never gone and would never go online). I left my smartphone on the kitchen counter alongside a notepad on which I scribbled in pen: Got called away for work. I love you. (p.285)
Illustration by Rose Wong
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