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Naomi Klein dans la Stratégie du Choc dénonce la montée d'un capitalisme du désastre

Naomie Klein dans la Stratégie du Choc dénonce la montée d'un capitalisme du désastre

Titre : La Stratégie du Choc, la montée d’un capitalisme du désastre
Auteur :  Naomi Klein
Éditeur : Babel Essai
Pages : 870
Année : 2007
ISBN : 978-2-330-026608

 

Qu'ont en commun le coup d'État de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l'effondrement de l'Union soviétique, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami au Sri Lanka en 2004, le cyclone Katrina, la pratique de la torture à Abou Ghraïb ou Guantanamo ? Tous ont partie liée avec l'avènement d'un "capitalisme du désastre". Naomi Klein dénonce avec brio l'existence d'opérations concertées dans le but d'assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d'un ultralibéralisme tout-puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour saper les valeurs démocratiques auxquelles les sociétés aspirent, et leur substituer la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation.

A propos de l’auteur :

 

Naomi Klein est une journaliste, intellectuelle et auteur canadienne et s’est fait connaitre à travers ses best-sellers internationaux, notamment No Logo (2001), Tout peut changer (2015) et Dire non ne suffit plus (2017). Elle a remporté de nombreux prix dont celui du Warwick Prize for Writing pour son ouvrage « La Stratégie du Choc ». Elle écrit pour The Guardian.

Table des matières :

Introduction
Éloge de la table rase
Trois décennies à défaire et à refaire le monde

PARTIE 1
Deux docteurs chocs
Recherche et développement

  1. Le laboratoire de la torture : Ewen Cameron, la CIA et l’obsession d’effacer l’esprit humain et de le reconstruire
  2. L’autre docteur choc : Milton Friedman et la quête d’un laboratoire du laisser-faire

PARTIE 2
Le premier test
Un accouchement douloureux

  1. États de choc : La naissance sanglante de la contre-révolution
  2. Faire table rase : Ou comment la terreur fait son œuvre
  3. Aucun rapport : Comment une idéologie fut purifiée de ses crimes

PARTIE 3
Survivre à la démocratie
Un arsenal de lois

  1. Une guerre salvatrice : Le thatchérisme et ses ennemis utiles
  2. Le nouveau docteur choc : Quand la guerre économique supplante la dictature
  3. Du bon usage des crises : Le marketing de la thérapie de choc

PARTIE 4
Perdu dans la transition
Pendant que nous pleurions, tremblions, dansions.

  1. Où l’on claque la porte au nez de l’histoire: Une crise en Pologne, un massacre en Chine
  2. Quand la démocratie naît dans les chaînes: La liberté étranglée de l’Afrique du Sud
  3. Le Feu de joie d’une jeune démocratie: La Russie choisit « l’option de Pinochet »
  4. Le ça du capitalisme: La Russie à l’ère du marché sauvage
  5. Qu’elle brûle ! : Le pillage de l’Asie et « la chute d’un deuxième mur de Berlin ».

PARTIE 5
Des temps qui choquent
La montée d’un capitalisme du désastre

  1. La thérapie de choc aux États-Unis: La bulle de la sécurité intérieure
  2. Un État corporatiste: Ou comment remplacer la porte à tambour par un portail

PARTIE 6
Irak: La boucle est bouclée
Le surchoc

  1. Effacer l’Irak: À la recherche d’un « modèle » pour le Moyen-Orient
  2. Le contrecoup idéologique: Un désastre éminemment capitaliste
  3. Le cercle complet : De la page blanche à la terre brûlée

PARTIE 7
La zone verte mobile
Zones tampons et murs anti-déflagration

  1. Le nettoyage de la plage: « Le deuxième tsunami »
  2. L’apartheid du désastre: Un monde composé de zones vertes et de zones rouges
  3. Quand la paix ne sert plus à rien: Israël : Le signal d’alarme

CONCLUSION
Quand le choc s’essouffle
Des peuples en route vers la reconstruction

Notes
Remerciements
Index

Mon avis sur l'ouvrage La Stratégie du Choc de Noemi Klein :

Passé l’appréhension (légitime?) de m’attaquer à un pavé de quelque 800 pages (!), je redécouvre sous un angle nouveau l’application et les conséquences de certaines théories économiques (de Keynes à Friedman) que j’avais eu le plaisir de découvrir lors de mes études à l’Université Lumière Lyon II pour l’obtention de ma licence d’économie.

Le parti-pris anti-libéral de Noemi Klein est évident dès le début de l’ouvrage et nous pourrions être amené à prendre une certaine distance sur des propos volontairement à charge et des positions tranchées, qui osent critiquer frontalement une sommité comme Milton Friedman (prix Nobel d’économie en 1976!).

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Mais la profondeur d’analyse et la richesse documentaire de l’ouvrage (93 pages rien que pour les sources et références) m’ont rapidement fait plonger avec conviction dans ce récit édifiant. Édifiant par les liens étroits entre ce que nous pourrions appeler le complexe militaro-industriel américain, l’école de Chicago initié par Milton Friedman et la politique extérieure américaine conduite depuis 40 ans par les différents gouvernements. Ce que l’on prend au début pour de l’opportunité économique (choc -> aide à la reconstruction -> opportunité commerciale) se transforme de manière cynique en stratégie pour déployer une idéologique ultralibérale aux conséquences le plus souvent désastreuses pour le pays subissant le traitement de choc.

Certains exemples restent d’actualité. Nous pourrions ainsi aisément faire le parallèle entre la situation financière Canadienne de 1993 et ce qu’il s’est passé en France il y a encore quelques semaines avec les arbitrages récents effectués par le gouvernement d’Emmanuel Macron sur les allocations chômages face aux craintes d’une baisse des notations par les agences. L’histoire se répète et les politiques actuellement au pouvoir semblent subir ou accepter les mêmes règles du jeu, sans considération des expériences passées. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, nous pourrons regretter que nos gouvernants semblent manquer toujours autant de culture économique.

Les concepts, citations, et idées de la Stratégie du Choc de Noemi Klein, ayant retenu mon attention

  • J’appelle « capitalisme du désastre » ce type d’opération consistant à lancer des raids systématiques contre la sphère publique au lendemain de cataclysmes et à traiter ces derniers comme des occasions d’engranger des profits (p.13).
  • Un Système corporatiste se caractérise au premier chef par d’immenses transferts de ressources publiques vers le secteur privé, démarche qui s’accompagne souvent d’une explosion de l’endettement, d’un accroissement de l’écart entre les riches à outrance et les pauvres sans importance et d’un nationalisme exacerbé qui justifie des dépenses colossales dans le domaine de la sécurité (p.80).
  • La mission de Friedman, comme celle de Cameron, reposait sur un rêve: revenir à l’état de santé « naturel », celui où tout est en équilibre, celui d’avant les distorsions causées par les interventions humaines […]. Friedman envisageait de déstructurer les sociétés et de rétablir un capitalisme pur, purgé de toutes les ingérences – réglementation gouvernementale, entrave au commerce et groupes d’intérêts particuliers.
  • En choisissant l’école de Chicago – dont les professeurs prônaient avec obstination le démantèlement quasi total du gouvernement – pour assurer la formation des Chiliens […] le projet Chili avait pour objectif de produire des combattants idéologiques qui gagneraient la guerre des idées contre les économistes « roses », de l’Amérique latine.
  • Dans la région [au Chili], on appelait los Chicago Boys les étudiants qui avaient étudié à l’Université de Chicago ou dans sa « franchise » de Santiago […] dont le but était de « contribuer à la diffusion de ces connaissances dans toute l’Amérique latine, de combattre les points de vue idéologiques qui entravent la liberté et perpétuent la pauvreté et le sous-développement ». 
  • Confrontés aux chocs à répétition des années 1980, les pays endettés n’avaient d’autre choix que de s’adresser à la Banque mondial et au FMI. Ils se heurtaient alors au mur d’orthodoxie dressé par les Chicago Boys, qui, en raison de leur formation, voyaient les catastrophes moins comme des problèmes à régler que comme de précieuses occasions qu’il fallait saisir au vol afin d’ouvrir de nouveaux territoires au libre marché.(p.252)
  • Ces résultats catastrophiques n’étaient d’ailleurs pas propres à la Russie : depuis trente ans qu’elle était en cours, l’expérience de l’école de Chicago avait été marquée par la corruption à grande échelle et par la collusion corporatiste entre des États sécuritaires et des grandes sociétés…(p.372).
  • L’expression « mur de la dette » entra soudain dans notre vocabulaire. Le message? Les Canadiens menaient une existence en apparence confortable et paisibler, mais le pays vivait nettement au-dessus de ses moyens. Bientôt, de puissantes formes de Wall Street, comme Moody’s et Standard and Poor’s, réduiraient de façon draconienne la cote de crédit parfaite (tiple A) du Canada. Dans un tel cas, les investisseurs hypermobiles, affranchis par les nouvelles règles de la mondialisation et du libre-échange, retireraient leur argent du Canada et le placeraient ailleurs. La seule solution,nous dit-on, consistait à sabrer dans les programmes comme l’assurance-chôme et les services de santé. Évidemment, le Parti libéral au pouvoir s’empressa d’obtempérer, même si, peu de temps auparavant, il avait été  élu en promettant de créer des emplois. (p.396)
  • Budhoo entreprend ensuite d’étayer ses accusations. Il reproche au FMI d’utiliser les statistiques comme une arme « mortelle ». Avec force détails, il montre comment en tant qu’employé du FMI, au milieu des années 1980, il a été mêlé à des cas de « fraudes statistiques » visant à exagérer les chiffres contenus dans les rapports du FMI concernant Trinité-et-Tobago, riche en pétrole, afin de donner l’impression que le pays était beaucoup plus instable qu’il ne l’était en réalité. […]. Le gouvernement commanda deux études indépendantes pour faire la lumière sur les accusations…le FMI avait bel et bien gonflé et fabriqué des chiffres, entraînant des effets dévastateurs sur le pays.
  • L’idée d’envahir un pays arabe et d’en faire un État modèle se répandit au lendemain du 11 septembre, et quelques noms circulèrent: l’Irak, la Syrie, l’Égypte ou l’Iran, le candidat favori de Michael Ledeen. De nombreux facteurs plaidaient toutefois en faveur de l’Irak. Outre ses vastes réserves de pétrole, le pays était idéalement situé, au centre de la région, pour accueillir les bases militaires américaines, maintenant que l’Arabie Saoudite paraissait une alliée moins sûre (p.506).
  • L’Irak sous Bremer fut l’aboutissement logique de la théorie de l’école de Chicago: un secteur public réduit au strict minimum, composé principalement de contractuels vivant dans une ville-État construite par Halliburton, chargés d’entériner des lois favorables aux entreprises rédigées par KPMG et de remettre des sacs de paquetage bourrés d’argent liquide à des entrepreneurs occidentaux protégés par des mercenaires, eux-mêmes bénéficiaires d’une immunité juridique absolue. (p.555).
  • A l’occasion du Forum économique mondial de 2007 à Davos, en Suisse, cependant, les chefs d’État et d’entreprise, perplexes, se demandèrent pourquoi la réalité semblait se moquer de la sagesse populaire. On parla donc du « dilemme de Davos« , qui selon Martin Wolf, chroniqueur du Financial Post, se définit comme « le contraste entre une économie mondiale favorable et les difficultés politiques ».
  • Toute stratégie visant à exploiter une brèche ouverte par un choc traumatisant mise lourdement sur l’élément de surprise. Par définition, l’état de choc est un moment marqué par un fort décalage entre les événements qui se précipitent et l’information dont on dispose pour les expliquer […]. les attentats du 11 septembre ont été, au début, un événement brut, une réalité crue, non transformée en histoire, en récit ni en autre chose qui puisse combler le vide entre la réalité et la compréhension que nous en avons. Sans récit, nous sommes, comme au lendemain du 21 septembre pour nombre d’entre nous, profondément vulnérables face à ceux qui sont prêts à exploiter le chaos à leur avantage. Dès que nous disposons d’un récit capable d’expliquer ces événements choquants, nous retrouvons nos repères et le monde a de nouveau un sens.
  • De tels efforts de reconstruction populaires sont l’antithèse de l’éthos du complexe du capitalisme du désastre, sans cesse à la recherche de tables rases et de canevas vierges sur lesquels bâtir ses États modèles. À l’instar des coopératives agricoles et industrielles de l’Amérique latine, ces projets par nature improvisés se contentent de ce qui a été laissé derrière, des outils rouillés qui n’ont pas été emportés, cassés ou volés. […] Tandis que la croisade corporatiste poursuit son déclin violent et augmente sans cesse les chocs d’un cran pour vaincre les résistances de plus en plus vives qu’elle rencontre sur sa route, ces projets indiquent une voie d’avenir possible au milieu des fondamentalismes.

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