La Simulation de Loïc Hecht

Enquête sur la théorie qui fascine la Silicon Valley. Et si notre monde n'existait pas ?

La simulation de Loïc Hecht

Résumé du livre "La Simulation de Loïc Hecht"

Cette enquête hors norme démarre par trois lignes lues dans le New Yorker en 2016. Loïc Hecht apprend que deux milliardaires de la Silicon Valley ont secrètement embauché une équipe de scientifiques pour prouver que nous vivons dans une simulation informatique. Ils espèrent trouver la preuve irréfutable que nous sommes piégés dans un immense jeu vidéo, sans avoir conscience de notre état.

Loïc Hecht se rend à San Francisco, à la rencontre de ces chercheurs qui défient l’entendement : physiciens de la NASA, du MIT, de Berkeley. Ils croient dur comme fer à la théorie de la simulation, persuadés que notre conscience ne serait qu’un algorithme mathématique, une suite de 1 et de 0.

Son enquête le mène, de surprise en surprise, jusqu’aux monastères tibétains de Dharamsala, en passant par les programmes secrets de la CIA. Ce livre est le récit d’un basculement intime et une traversée des mystères de notre époque : ceux de la physique quantique, des neurosciences, de l’IA… et de la conscience.

À propos de l'auteur Loïc Hecht

Né en 1984, Loïc Hecht est écrivain et journaliste. Explorateur inclassable des marges de notre société, son premier roman, Le Syndrome de Palo Alto, a paru aux éditions Léo Scheer.

Mon avis sur le livre "La Simulation de Loïc Hecht"

La Simulation de Loïc Hechet est une enquête absolument passionnante qui explore l’idée que nous puissions vivre sans le savoir dans une simulation informatique.

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C’est un véritable parcours initiatique que nous propose l’auteur. À travers des témoignages de scientifiques, de théoriciens, de philosophes, et autres illuminés de la Silicon Valley, on suit les réflexions de Hecht qui s’interroge sur la nature de notre conscience.

Si le début du livre aurait pu nous faire craindre un nouveau manifeste pour endosser les théories délirantes de la singularité technologique de Ray Kurzweil ou des prophètes comme Sam Altman ou Elon Musk, on est assez rapidement rassuré par l’esprit critique de l’auteur qui veillera tout au long du récit à ne pas tomber dans la facilité du techno-messianisme américain (ie. AGI, transhumanisme, singularité, techno-solutionnisme, marketing de la peur).

En analysant les phénomènes parapsychologiques, ces fameux glitches, l’auteur interroge notre conscience et notre réalité :

Des milliers d’expériences menées dans des cadres rigoureux suggèrent que la conscience peut interagir avec la matière et produire des effets difficilement compatibles avec les modèles actuels de la physique. Guérison à distance, télépathie, vision à distance, psychokinésie, sortie hors du corps : ces phénomènes ont été testés, répétés, publiés.

Ovni littéraire qui se situe à la croisée du manuel ésotérique et de l’ouvrage scientifique, La Simulation est le parfait ouvrage estival pour éveiller sa conscience à la complexité de notre monde… 

 

Extraits du livre La Simulation de Loïc Hecht

Deux milliardaires de la tech engagent secrètement une équipe de scientifiques pour nous délivrer de la simulation

Tad Friend, basé à New York […] avait donné lieu a un article de vingt pages, au milieu duquel le journaliste écrivait deux petites phrases qui allaient devenir le point de départ du livre que vous tenez entre les mains

Beaucoup de gens dans la Silicon Valley sont obsédés par la théorie de la simulation, cette idée selon laquelle la réalité que nous expérimentons serait en fait générée par un ordinateur. Deux milliardaires de la tech sont même allés jusqu’à engager secrètement une équipe de scientifiques pour tenter de nous en délivrer. (p.21)

Vivons-nous dans une simulation ?

Mais le plus grand fait d’armes de Bostrom, celui qui lui vaut d’être passé à la postérité, et qui a contribué à la démocratisation de la théorie de la simulation dans les milieux intellectuels, c’est un article universitaire de 2003, intitulé  » Are You Living in a Computer Simulation? ». (p.24)

Un scientifique, astrophysicien à la NASA n'exclut pas qu'on puisse vivre dans la Matrice

Je suis toujours avec Rich Terrile. […]. J’ai cru comprendre qu’il y a déjà des individus disposés à utiliser des fonds pour vérifier si on vit dans une simulation, malheureusement, je n’ai pas eu la chance de les rencontrer. Mais j’ai l’intuition que ces personnes qui accomplissent les pls rgandes chsoes sont aussi celles qui ont la compréhension la plus aigûe de la simulation. Si j’avais des ressources, c’est ce que j’essaierais de comprendre: qu’est-ce qui les rend plus efficaces que la moyenne, qu’est ce qui fait que ces individus ont autant de succès ?

Je ne suis pas sûr qu’il le sache, mais Rich fait écho à une théorie qui circule sur Elon Musk dans les milieux techno New Age : si nous sommes dans une simulation, peut-être est-il une sorte d’agent ou d’avatar doté de facultés supérieures à la moyenne. Un peu comme pour le Mérovingien dans Matrix, elle lui auraient permis de devenir l’homme le plus riche et le plus médiatique du monde. 

Rich Terrile se déconnecte. Je reste seul un instant face à l’écran noir de mon ordinateur. Je me vois sourire dans le reflet. Je tiens enfin un scientifique respectable, astrophysicien à la NASA de surcroît, qui n’exclut pas qu’on puisse vivre dans la Matrice. (p.78)

Les phénomènes psi pris au sérieux par les agences américaines

Jusque-là, ces histoires de sortie hors du corps, de télépathie, de guérison à distance pouvaient encore passer pour des élans New Age. Mais que la CIA ait investi plus de 20 millions de dollars dans un programme militaire de remote viewing, c’était inattendu. Bien que le projet Stargate n’existe plus officiellement, les service prenaient manifestement toujours ces phénomènes au sérieux: en 2014, l’Office of Naval Research a débloqué près de 4 millions de dollars pour étudier l’intuition et la prémonition, et il se murmurait que CIA, FBI, NSA, DEO, douanes ou services secrets continuaient officieusement à employer des remote viewers. (p.124)

Nos consciences individuelles ne serait qu'une manifestation temporaire d'une conscience universelle unique

C’est une énième variation sur le thème de l’âme éternelle, mais forcément, le twist quantique résonne. Dans ma boulimie de lecture, je retrouve les mêmes motifs partout. Je découvre dans un essai comparatif entre les œuvres du maître indien Sri Aurobindo et du jésuite Teilhard de Chardin que ces deux grands intellectuels mystiques ont entrevu la conscience comme le moteur de l’évolution, des décennies avant Tom Campbell. Je trouve des échos chez les plus grands physiciens. Erwin Schrödinger, pour mieux appréhender ses interrogations sur la nature de la réalité, s’est intéressé en profondeur à l’Advaita Vedanta, la pensé non dualiste entre l’observateur et le monde extérieur, entre le sujet et l’objet, serait une illusion. Il n’y aurait qu’un niveau de réalité, et ce que nous percevons comme des consciences individuelles ne serait qu’une manifestation temporaire d’une conscience universelle unique, et préexistante à toute  expérience subjective. (p.144)

Aux origines de la conscience

Quarante ans plus tard, la question reste entière. À défaut de mieux, les neurosciences offrent toutefois aujourd’hui le cadre le plus structuré pour tenter d’y voir plus clair. La discipline ne date pourtant pas d’hier – un papyrus remontant à 1600 av. J.-C. décrit déjà les effets de lésions cérébrales sur le comportement – mais je vous rassure, on va la faire en accéléré. C’est au Ve siècle avant notre ère qu’un médecin-philosophe grec, Alcméon de Crotone, identifie le cerveau comme le siège de la pensée. Ça nous paraît évident, mais avant lui on plaçait l’activité mentale dans le cœur. Le débat philosophique sur la nature de la conscience naît à la même époque. 
D’un côté Platon suggère que notre réalité – qu’il qualifie de « sensible »- n’est qu’un aperçu d’une vérité plus profonde et éternelle. La conscience serait donc la porte vers un monde immuable et transcendant : celui des idées.
De l’autre, Aristote, son élève, considère que notre capacité à penser et à acquérir des connaissances est ancrée dans nos expériences sensorielles. Il ne rejette pas totalement l’idée d’une dimension non matérielle, mais il insiste sur l’indissociabilité de la conscience et du corps. Il ouvre la voie à une pensée qui influencera le matérialisme. (p.264)

On s’en souvient, c’est sur ce socle matérialiste que s’appuie l’imaginaire Bostrom-Musk-Terrile: si l’on décodait entièrement les processus neurochimiques du cerveau, on pourrait un jour, jurent-ils, répliquer la conscience et l’implanter sur toute une variété de substrats – du silicone, des androïdes, de la chair…. Au point que nous serions peut-être déjà des Sims qui s’ignorent. 

Incompatibilité entre Relativité Générale, mécanique quantique et modèle standard

Depuis Einstein, on l’a dit, la physique repose sur deux piliers irréconciliables. La relativité générale décrit la gravité comme la courbure de l’espace-temps par la masse et l’énergie. Elle explique à merveille le mouvement des planètes, des galaxies, de l’Univers. C’est une théorie élégante, déterministe, continue. La mécanique quantique, elle, gouverne le monde de l’infiniment petit. Elle introduit la superposition, l’intrication, l’incertitude. C’est une théorie probabiliste, discontinue, contre-intuitive – mais d’une efficacité redoutable; Ces deux visions fonctionnent dans leur domaine respectif, mais personne n’a réussi à les réunir en une théorie du Tout. 

Entre les deux, le « modèle standard » est venu combler une partie du vide. Il décrit comment les particules élémentaires interagissent à travers trois forces (électromagnétique, faible, forte). Il est si bien ficelé qu’il a prédit l’existence du boson de Higgs et du quark top avant même leur découverte. Mais lui aussi est incomplet : il est incapable d’intégrer la gravité, il ignore la matière noire et l’énergie noire, ces composantes fantômes qui pèseraient pour 95 % du cosmos et dont nous ne connaissons ni la texture ni l’origine. Il ne résout pas l’asymétrie entre matière et antimatière, ni le mystère des neutrinos. Bref, c’est un cathédrale théorique, mais avec plein de vitraux manquants. (p.309)

Tom Campbell propose un changement de paradigme le plus spectaculaire de l'histoire des sciences

C’est pourquoi la démarche de Tom Campbell est si radicale: si la conscience déclenche l’effondrement de la fonction d’onde, alors les phénomènes psi comme le remote viewing, la guérison, la télépathie ou la précognition deviennent des prolongements possibles d’un même mécanisme : une conscience qui n’observe pas seulement le monde, mais qui agit sur lui. De nouvelles technologies deviendraient concevables : ordinateurs quantiques sensibles à l’intention, dispositifs médicaux exploitant l’influence et de la conscience sur la matière, des moyens de communication dépassant la vitesse de la lumière. Cette cascade d’évènements reste spéculative, mais si un tel lien était établi, cela marquerait le changement de paradigme le plus spectaculaire de l’histoire des sciences (p.310)

Le concept que nous puissions vivre dans une simulation est une idée farfelue, sans aucun fondement.

Comme des dizaines de milliers de lecteurs, j’ai adoré le talent de vulgarisation et la poésie dont Carlo Rovelli fait preuve dans Sept Brèves Leçons de physique. Ce petit livre fait partie du corpus de ressources précieuses qui m’ont permis de mieux comprendre notre Univers. Je l’avais sollicité pour jeter un œil aux expériences de Tom. Il m’avait répondu en français :

Oui, il y a des gens qui aiment l’idée à la mode que la réalité pourrait être une « simulation informatique ». Mon opinion: ce sont des idées farfelues, sans aucun fondement. J’ai regardé le papier que vous mentionnez de Campbell. Je ne le trouve pas très profond. Il parle de simulation, mais ne teste que l’éventualité d’un collapse physique. Il y a beaucoup d’expériences comme ça, et pour le moment tous les résultats sont négatifs. Sa discussion des possibles interprétations de la théorie quantique est superficielle. Ce que vous proposez c’est plutôt une exploration de l’une des nombreuses pseudo-sciences à la mode. 

L’article présente une liste des possibilités d’interprétations de la mécanique quantique assez partielle. Il ne mentionne même pas les variables cachées, le physical collapse, la relational interpretation…
Et les interprétations ne sont pas très bien décrites. L’expérience proposée, en soi, test tout simplement la mécanique quantique. Si les résultats sont cohérents avec les prédictions de la mécanique quantique (je suis prêt à parier que ce sera le cas, vu que ça fait un siècle que ça ne se passe que comme ça), on n’aura vraiment rien appris.
Si au contraire, les résultats venaient contredire les prédictions de la mécanique quantique, alors ce serait vraiment intéressant, et c’est un prix Nobel assuré, mais il y aura trois mille explications avant de penser que l’Univers est une simulation. (p.316)

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Les phénomènes parapsychologiques ne sont pas des miracles mais des anomalies persistantes.

Des milliers d’expériences menées dans des cadres rigoureux suggèrent que la conscience peut interagir avec la matière et produire des effets difficilement compatibles avec les modèles actuels de la physique. Guérison à distance, télépathie, vision à distance, psychokinésie, sortie hors du corps : ces phénomènes ont été testés, répétés, publiés.

En 2018, une méta-analyse menée par Etzel Cardena, professeur de psychologie à l’université de Lund, a passé au crible plus de 750 études sur les phénomènes psi. Cardena écrit que « les preuves cumulées soutiennent leur réalité », et ne peuvent pas être attribuées à un manque de rigueur, à des fraudes, au fait de n’avoir sélectionné que les études aux résultats positifs, ni faire l’objet de critiques habituelles en la matière. Leur niveau de preuve, dit-il, est comparable à celui de nombreux phénomènes admis en psychologie expérimentale. 

Les travaux du PEAR Lab de Princeton ou de Dean Radin, ceux de Russell Targ et Harold Puthoff pour la CIA dans le cadre du projet Stargate convergent vers des écarts statistiquement significatifs. Pas des miracles : des anomalies persistantes. (p.357)

Par Clément Donzel

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